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Immanentisme : une tendance du psycho-spirituel?

Notre rubrique ne saurait être utilisée pour accuser nommément et sans nuances aucun mouvement, aucune communauté, et encore moins celles qui justement ont fait avancer canoniquement la réflexion sur le sujet et que l'on retrouve bizarrement mises dans le même sac par des " accusateurs/polémiqueurs" mal informés et qui n'hésitent pas à accuser des saints canonisés, bien plus fiables qu'eux-mêmes.... Le rôle de juger sur pièce revient à d'autres lorsque la sainteté n'est pas encore reconnue, ( nous conseillons en ce sens la réflexion profonde et positive du livre de Mgr Tony Anatrella sur le sujet ( " Développer la Vie communautaire dans l'Eglise"). Notre rubrique veut offrir un espace libre de réflexion et de confiance dans l'Eglise.



Comment déceler un vieux problème récurrent?

Dans le débat sur le psycho-spirituel, il est recommandé fortement de relire " Fides et Ratio", c'est-à-dire de se pencher sur les rapport de la foi et de la raison. Or, une des caractéristiques des temps est d'éliminer la philosophie pour la remplacer par une psychologie basée sur...le ressenti. Cette tendance mène à introduire un élément étranger à la foi dans le raisonnement : le ressenti. Grand ami des médias, le ressenti l'est aussi d'une déformation des charismes. Le discernement se fait sur l'immédiateté d'un ressenti subjectif, sur des rêves, des intuitions non vérifiées par la raison, des charismes non soumis au discernement de l'Eglise et validés " en interne" ou par celui-là même qui les reçoit. De plus, le ressenti étant par nature non pérenne, il va falloir le maintenir par des moyens ne relevant pas de la raison mais de l'auto-explication permanente du ressenti. C'est là qu'intervient une psychologisation à outrance qui n'a rien de professionnel ni de scientifique.
 
 
 

Exit la raison, la religion devient un produit du ressenti de l'homme : affectivité et subconscient remplace le discernement.

Ressenti, analyse psychologique, relecture de vie centrent l'être sur lui-même, favorisant le mouvement de l'immanence. La vie spirituelle favorise quant à elle la découverte de la Transcendance de Dieu. Le premier mouvement trouvera des traces de Dieu, le mouvement de la Foi trouvera Dieu Lui-même. Les " fusionner" dans une même démarche mène à la confusion des deux.
Ressenti, analyse psychologique, relecture de vie centrent l'être sur lui-même, favorisant le mouvement de l'immanence. La vie spirituelle favorise quant à elle la découverte de la Transcendance de Dieu. Le premier mouvement trouvera des traces de Dieu, le mouvement de la Foi trouvera Dieu Lui-même. Les " fusionner" dans une même démarche mène à la confusion des deux.
L'immédiateté soi-disant charismatique du ressenti ouvre la porte à bien des erreurs et des dérives, car le discernement est ainsi court-circuité. Il s'agit alors de discerner par les sens, et non par la raison. Toute l'oeuvre de Saint Jean de la Croix met en garde contre cela. L'étude de la philosophie comme préalable à la théologie permet de mettre le ressenti à sa place. Saint Jean de la Croix était un excellent philosophe et son discernement s'appuie toujours sur un raisonnement logique appuyé par l'Ecriture. Il n'est guère tendre, comme saint Ignace, sur les pièges de l'affectif et des tromperies du démon dans ce domaine ! 




 

Alors, où placer la psychologie dans tout cela?

Il est important de respecter la juste autonomie des sciences psychologiques : vouloir les subordonner à la foi serait commettre une erreur déjà commise et lourde de conséquences dans l'histoire de l'Eglise. Au Concile Vatican II, la légitime autonomie des sciences humaines a été ré-affirmée avec clarté.  Voir ICI.  

"A ce propos, qu'on nous permette de déplorer certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes, insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science. Sources de tensions et de conflits, elles ont conduit beaucoup d'esprits jusqu'à penser que science et foi s'opposaient7. " dixit Gaudium et Spes!

Dans l'Eglise, la tendance à vouloir " mettre la main" sur la psychologie n'est pas plus judicieuce que celle qui veut que la psychologie prenne le pas sur la foi ! Voir ICI aussi ! C'est le risque du " moi auto-créateur"...( dixit le conseil pontifical pour la Culture, in " Jésus Christ le Porteur d'eau vive.", remarques sur le Nouvel-âge, générateur du psycho-spirituel.)

Beaucoup de théories psychologiques évolueront certes dans la mesure des progrès scientifiques, et donc il ne faut pas être naïvement en admiration devant certaines affirmations psychologisantes issues de courant anti-chrétiens...mais il ne faut pas non plus décrier ou rabaisser la psychologie. 

Pour s'y retrouver, il est nécessaire d'avoir en tête le principe de la transcendance et celui de l'immanentisme. Ces deux notions permettent d'éviter un piège redoutable pour le bien des âmes. Car au fond, c'est la FOI qui est en jeu :



 

Mais qu'est-ce que l'immanentisme ?

Doctrine philosophique qui rejette la transcendance, c'est-à-dire l'irréductibilité de Dieu (ou bien d'un principe du réel) à ce qui relève des pouvoirs et des limites de l'esprit. Dans ce sens, Spinoza est taxé d'immanentisme ; il conçoit Dieu comme totalement intelligible à la raison. En fait, immanence et transcendance (intériorité et supériorité) vont ensemble chez beaucoup d'auteurs (Dieu est présent et transcendant) ; l'immanentisme abuse de la notion d'immanence pour la rendre exclusive de la notion de transcendance. Le terme a connu sa plus grande vogue au début du XXe siècle, à l'occasion du mouvement moderniste. On appelait immanentistes ceux qu'on accusait de tirer la religion tout entière de l'immanence vitale, de l'affectivité et des profondeurs de la subconscience. Maurice Blondel, lui-même, fut suspecté parce qu'il pratiquait une « méthode d'immanence », c'est-à-dire de réflexion sur le contenu de l'action (mais on faisait un contresens sur sa doctrine, puisqu'il déclarait apercevoir la transcendance dans l'immanence).
 
Henry DUMÉRY ( Encyclopédia Universalis)

Tirer la religion toute entière de l'affectivité et des profondeurs de la subconscience.

Immanentisme : une tendance du psycho-spirituel?
Nous voilà au coeur du sujet. Et du risque majeur du psycho-spirituel : éliminant la formation philosophique au profit du ressenti, l'immanentisme envahi le champ de la conscience, au gré des formations psychologisantes issues elles-mêmes de courants immanentistes. Jung était bien sûr totalement immanentiste, dans un but anti-chrétien. ( voir à ce sujet le livre éclairant du père Alexander Posacki sur le sujet, Psychologie et Nouvel-âge, un livre de formation indispensable sur le sujet.)
Beaucoup d'écoles de formation en psychologie relèvent de cette façon de voir les choses. C'est bien plus grave lorsque cela envahit les mouvements charismatiques dans la mouvance psycho-spirituelle. Car le ressenti, l'absence de discernement par la raison et la théologie, la naïveté dans la croyance qu'on peut baser une conversion sur des méthodes immanentistes mènent à la perte de la Foi. C'est-à-dire à placer dans la toute puissance des sciences humaines l'espérance du salut, à tirer le salut des profondeurs de la subconscience...à remplacer dans la pratique thérapeutique la source du salut ( la foi en Dieu Transcendant) par un salut falsifié  ( la salut par les capacités psychologiques de l'homme.) En faisant croire que cet immanentisme est la Foi, et procure le salut au nom du Seigneur et de l'Eglise, on introduit un élément hétérodoxe dans la foi. Cela s'appelle...une hérésie !

Donner une place juste à la psychologie : ne pas concevoir Dieu comme une émanation du subconscient.

Dieu perçu comme une émanation du subconscient, c'est Dieu au service de la thérapie, de la guérison, du ressenti, de la compréhension totalisante de la vie par l'explication psychologique des événements....c'est Dieu réduit à être un instrument vaguement présent pour valider la toute-puissance de sa créature sur elle-même...voilà l'immanentisme concrètement en marche dans la déification des thérapies, des accompagnateurs-superviseurs-guérisseurs-branchés directement sur votre subconscient, inconscient, immanents à...votre vie privée! 

Dieu Transcendant, ne saurait être un psychologue...

Ainsi, si on mélange vie psychologique et vie spirituelle, on va faire de la psychologie au nom de Dieu...et on va faire de Dieu un psy...Au fond, si on méconnaît la Transcendance de Dieu, on le met au service des sciences humaines...c'est le danger du psycho-spirituel. Laissons aux sciences humaines et à la psychologie leur autonomie légitime , alors, sans confusion, les sciences humaines pourront servir l'homme sans se prendre....pour Dieu.

En conclusion, relisons Fides et Ratio  au numéro 9  qui demande de bien respecter ces deux ordres différents que sont la Foi et les sciences ( dans lesquelles nous plaçons les sciences humaines) et la Raison :
"La foi, qui est fondée sur le témoignage de Dieu et bénéficie de l'aide surnaturelle de la grâce, est effectivement d'un ordre différent de celui de la connaissance philosophique. Celle-ci, en effet, s'appuie sur la perception des sens, sur l'expérience, et elle se développe à la lumière de la seule intelligence. La philosophie et les sciences évoluent dans l'ordre de la raison naturelle, tandis que la foi, éclairée et guidée par l'Esprit, reconnaît dans le message du salut la « plénitude de grâce et de vérité » (cf. Jn 1, 14) que Dieu a voulu révéler dans l'histoire et de manière définitive par son Fils Jésus Christ (cf. 1 Jn 5, 9; Jn 5, 31-32)."

Jeudi 15 Novembre 2012
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