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La légitime autonomie des sciences psychologiques.

Notre rubrique ne saurait être utilisée pour accuser nommément et sans nuances aucun mouvement, aucune communauté, et encore moins celles qui justement ont fait avancer canoniquement la réflexion sur le sujet et que l'on retrouve bizarrement mises dans le même sac par des " accusateurs/polémiqueurs" mal informés et qui n'hésitent pas à accuser des saints canonisés, bien plus fiables qu'eux-mêmes.... Le rôle de juger sur pièce revient à d'autres lorsque la sainteté n'est pas encore reconnue, ( nous conseillons en ce sens la réflexion profonde et positive du livre de Mgr Tony Anatrella sur le sujet ( " Développer la Vie communautaire dans l'Eglise"). Notre rubrique veut offrir un espace libre de réflexion et de confiance dans l'Eglise.

Certains prêtres aimeraient concrètement aider en accompagnement personnalisé, parfois confondu avec l'accompagnement spirituel, les personnes en souffrances psychiques. On voit ainsi naître un accompagnement mixte qui ne respecte pas la légitime autonomie des sciences psychologiques. D'un autre côté, les sciences humaines peuvent s'être coupées de Dieu et du domaine transcendant que représente la vie spirituelle. Quels repères adopter ?



Ce que dit le Concile Vatican II.

La légitime autonomie des sciences psychologiques.
La crainte de voir un domaine " absorber" l'autre n'est pas nouvelle et a été décrite très précisément par le Concile Vatican II dans Gaudium et Spes, donc dans le texte du Concile qui exprime les rapport de l'Eglise et du monde. 
 
36. 1. Pourtant, un grand nombre de nos contemporains semblent redouter un lien trop étroit entre l'activité concrète et la religion: ils y voient un danger pour l'autonomie des hommes, des sociétés et des sciences. 
 
2. Si, par autonomie des réalités terrestres, on veut dire que les choses créées et les sociétés elles-mêmes ont leurs lois et leurs valeurs propres, que l'homme doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser, une telle exigence d'autonomie est pleinement légitime: non seulement elle est revendiquée par les hommes de notre temps, mais elle correspond à la volonté du Créateur. C'est en vertu de la création même que toutes choses sont établies selon leur consistance, leur vérité et leur excellence propres, avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques. L'homme doit respecter tout cela et reconnaître les méthodes particulières à chacune des sciences et techniques. C'est pourquoi la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d'une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu6. Bien plus, celui qui s'efforce, avec persévérance et humilité, de pénétrer les secrets des choses, celui-là, même s'il n'en a pas conscience, est comme conduit par la main de Dieu, qui soutient tous les êtres et les fait ce qu'ils sont. A ce propos, qu'on nous permette de déplorer certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes, insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science. Sources de tensions et de conflits, elles ont conduit beaucoup d'esprits jusqu'à penser que science et foi s'opposaient7. 
 
3. Mais si, par "autonomie du temporel", on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu, et que l'homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. En effet, la créature sans Créateur s'évanouit. Du reste, tous les croyants, à quelque religion qu'ils appartiennent, ont toujours entendu la voix de Dieu, et sa manifestation, dans le langage des créatures. Et même, l'oubli de Dieu rend opaque la créature elle-même. 

Situer les sciences psychologiques et les respecter.

L'exigence d'autonomie des sciences humaines est légitime et doit être respectée : ainsi, les prêtres nombreux dîplomés en psychologie, psychanalyse, psychiatrie, etc, sont à même de montrer leur respect et leur connaissance de ce domaine du savoir, avec ses lois spécifiques, ses tatonnements aussi, ses recherches...de même pour les laïcs professionnels dans ces domaines. Le concile rappelle que les chrétiens ne respectant pas la légitime autonomie de la science ont provoqués des tensions. Ce phénomène peut se reproduire par le mélange du psychologique et du spirituel. Il est donc urgent et important d'avoir des chrétiens formés aussi bien à la théologie qu'aux sciences humaines :

"Que, dans la pastorale, on ait une connaissance suffisante non seulement des principes de la théologie, mais aussi des découvertes scientifiques profanes, notamment de la psychologie et de la sociologie, et qu’on en fasse usage : de la sorte, les fidèles à leur tour seront amenés à une plus grande pureté et maturité dans leur vie de foi." Gaudium et Spes 62.

Pas d'angélisme cependant....

La légitime autonomie des sciences psychologiques.
Cependant, dans la même ligne que le Concile Vatican II, le pape Benoît XVI redit à sa manière que " la créature sans le Créateur s'évanouit" ( GS 36), que la" fermeture des sciences humaines à métaphysique "( Caritas in Veritate 31) et la conception de l'homme qui s'est développée ces cinquante dernières années à partir des sciences humaines ( CF Mgr Tony Anatrella Conférence aux évêques du SCEAM, Août 2010) obligent à un discernement :


76. Un des aspects de l’esprit techniciste moderne se vérifie dans la tendance à ne considérer les problèmes et les mouvements liés à la vie intérieure que d’un point de vue psychologique, et cela jusqu’au réductionnisme neurologique. L’homme est ainsi privé de son intériorité, et l’on assiste à une perte progressive de la conscience de la consistance ontologique de l’âme humaine, avec les profondeurs que les Saints ont su sonder. Le problème du développement est strictement lié aussi à notre conception de l’âme humaine, dès lors que notre moi est souvent réduit à la psyché et que la santé de l’âme se confond avec le bien-être émotionnel. Ces réductions se fondent sur une profonde incompréhension de la vie spirituelle et elles conduisent à méconnaître que le développement de l’homme et des peuples dépend en fait aussi de la résolution de problèmes de nature spirituelle. Le développement doit comprendre une croissance spirituelle, et pas seulement matérielle, parce que la personne humaine est une « unité d’âme et de corps » [156], née de l’amour créateur de Dieu et destinée à vivre éternellement. L’être humain se développe quand il grandit dans l’esprit, quand son âme se connaît elle-même et connaît les vérités que Dieu y a imprimées en germe, quand il dialogue avec lui-même et avec son Créateur. Loin de Dieu, l’homme est inquiet et fragile. L’aliénation sociale et psychologique, avec toutes les névroses qui caractérisent les sociétés opulentes, s’explique aussi par des causes d’ordre spirituel. Une société du bien-être, matériellement développée, mais oppressive pour l’âme, n’est pas de soi orientée vers un développement authentique. Les nouvelles formes d’esclavage de la drogue et le désespoir dans lequel tombent de nombreuses personnes ont une explication non seulement sociologique et psychologique, mais essentiellement spirituelle. Le vide auquel l’âme se sent livrée, malgré de nombreuses thérapies pour le corps et pour la psyché, produit une souffrance. Il n’y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l’intégrité de leur âme et de leur corps. Benoît XVI, Caritas in Veritate, 76. 

La véritable libération de l'homme ne peut être psychologique.

 Dans sa conférence donnée au Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) 15ème Assemblée Plénière du 26 juillet au 2 août 2010 à Accra (Ghana), Mgr Anatrella explique ce qu'est la véritable libération de l'homme, en s'appuyant sur Caritas in Veritate. Le passage de Tony Anatrella ( voir le document en entier ci-dessous) que nous citons permet de situer les risques des mélanges du psycho-spirituel dans deux directions opposées qui viennent de la même confusion. D'un côté, le non-respect de la juste autonomie des sciences psychologiques introduit dans la démarche spirituelle un " narcissisme", une confusion entre libération et développement humain, la " vérité" devenant une " production humaine", résultat d'une technique de connaissance de soi pour se libérer soi-même. De l'autre côté, le rejet de la transcendance et de la métaphysique développé par les sciences humaines nécessite un rappel de la transcendance dans ces mêmes sciences, une évangélisation de ces sciences psychologiques, " afin que l'homme soit situé par rapport à la source de son être".

"Or, note Benoît XVI, « l’homme est incapable de se donner par lui-même son propre sens ultime » (n. 16). En reprenant Populorum Progressio, il affirme : « Il n’y a donc d’humanisme vrai qu’ouvert à l’Absolu, dans la reconnaissance d’une vocation, qui donne l’idée de la vie humaine ». Sinon l’homme va se penser seul en se mirant en lui-même, sans autre vis-à-vis que son propre narcissisme et sa suffisance, une vision qui caractérise l’esprit des sociétés occidentales imprégnées de conceptions égotistes. Les bâtisseurs d’illusions, selon la formule de Jean-Paul II (n. 17), « fondent toujours leurs propositions sur la négation de la dimension transcendante du développement, étant certains de l’avoir tout entier à leur disposition. Cette fausse sécurité se change en faiblesse, parce qu’elle entraîne l’asservissement de l’homme, réduit à n’être qu’un moyen en vue du développement, tandis que l’humilité de celui qui accueille une vocation se transforme en autonomie véritable, parce qu’elle libère la personne » (n.17). Autrement dit, si le sujet humain développe une personnalité particulière, au sens psychologique du terme, il n’est pas à l’origine de son être qui sert de base à son élaboration personnelle et sociale. Dans cette perspective, la foi chrétienne est une libération puisque « la vérité libère » (Jn 8, 36-38).

 
Mais cette vérité est loin d’être accueillie comme un donné reçu. La vérité est souvent considérée comme une production humaine alors qu’elle est le fruit d’une découverte ou d’une réception (n. 34). Et c’est ainsi que « l’amour dans la vérité place l’homme dans l’étonnante expérience du don » (n. 34). L’homme cultive une mauvaise foi à ne pas reconnaître ce fait et s’enferme dans l’égoïsme du péché des origines, pour parler en termes religieux. Dans son autosuffisance, il veut lutter contre le mal avec ses seules forces et au nom des lois démocratiques qu’il fabrique. Il tente d’ignorer le sens du péché et du mal qui blesse l’homme en imaginant l’éradiquer avec des lois civiles qui parfois ne font que le renforcer. C’est ainsi que les sociétés occidentales se judiciarisent à l’extrême là où différentes formes de médiation pouvaient s’exercer pour régler des litiges et des transgressions. L’homme moderne, souligne le Pape, veut faire coïncider le bien être matériel et social avec le salut, voire le bonheur. En voulant se sauver lui-même, non seulement il se perd et encore davantage il s’épuise dans la dépression en étant incapable de se situer à l’égard de la source de son être." Tony Anatrella.

Du travail en perspective !

La légitime autonomie des sciences psychologiques.
Ainsi, le champ qui s'ouvre à la pastorale de l'Eglise est un magnifique défi : former des chrétiens qui soient capables de répondre de leur foi en théologie, en anthropologie théologique, en sciences humaines et psychologiques, avec de véritables compétences et connaissances dans chacun de ces domaines et en s'appuyant sur le magistère. Dans cette formation, les écueils que nous venons de tenter de cerner doivent être évités : non-respect de la légitime autonomie des sciences psychologiques, et fermeture à la métaphysique de ces mêmes sciences. Sur cette formation indispensable pourront se créer de véritables actions pastorales dont le monde à besoin et permettant de témoigner de la libération qu'apporte l'Evangile.

Mardi 22 Mai 2012
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