Subsidiarité, algorithme et rythme naturel : le droit naturel contre le burn out



Tout savoir et surveiller en temps et en heure?

Le principe de subsidiarité appliqué au monde du travail est source de liberté et de confiance. Selon le très regretté père Y. Bonnet, la subsidiarité au travail consiste à ne jamais faire à la place d'un subordonné ce qu'il peut faire lui-même dans le cadre qui lui a été imparti. Il s'agit  de donner une mission de travail définie dans le temps, ( dossier à rendre en un mois par exemple, délai précis et non flous), avec des consignes prévoyantes qui servent e cadre à la mission ( en précisant ce qui ne soit pas être transgressé, par exemple un délai, un prix, un contenu). Puis, on ne surveille pas en temps et en heure. Tout au plus, au milieu du délai imparti, on demande au subordonné si tout avance bien. A lui de gérer son temps et les consignes. Il a ainsi droit à l'initiative pour atteindre son but, et n'est pas obligé de demander la permission si l'initiative ne touche aucun élément indiqué. Il a donc le droit aussi à l'erreur, mais cela sera celle de son patron qui n'a pas indiqué un éventuel danger.
Ainsi, le patron et son subordonné travaillent dans la confiance. Les checks up réguliers s'espacent d'ailleurs en fonction de la confiance et de l'autonomie acquises. L'essentiel est d'atteindre l'objectif. Si quelque chose d'imprévu se passe, alors, le subordonné et le patron communiquent hors checks up. Cette méthode est un excellent anti-stress.

Les algorithmes, surveillants générateurs de stress permanent

On constate que le travail " moderne" mécanisé ( Berdiaeff disait que la mécanisation de l'homme était le fruit détestable des Lumières, voir son livre Un nouveau Moyen Âge), puis algorithmé  détruit la confiance. Les algorithmes de production exigent une analyse et une surveillance en temps et en heure qui éliminent la confiance humaine. On se fie aux mathématiques, certes, mais les machines ne stressent pas, tandis que les exécutants humains perdent pied, surveillés à chaque minute. Une chaîne de libraire a pris avec raison comme slogan rebelle : " Nous ne sommes pas des algorithmes". L'être humain a des rythmes naturels, propre à chacun, qui ne sont pas réguliers comme du papier à musique, ni mécaniques, mais organiques.

Dans une même entreprise, pour arriver au même résultat qu'un de ses collègues, un travailleur pourra sembler dormir toute la semaine, et dans son unique heure de travail quotidien façon Gaston Lagaffe en apparence, obtenir un meilleur résultat que le bûcheur d'à côté qui ne prend jamais de pause café. Au patron d'observer sans juger les rythmes naturels des uns et des autres et d'ajuster ses consignes en vue d'une meilleure production individuelle et collective. Mais sans détruire le rythme de chacun, justement! Un patron qui s'énerve constamment est peut-être simplement un patron ou un DRH qui ignore le principe de subsidiarité et ne considère que les graphiques de chiffres de production en temps réel, qui pèsent sur son angoisse et le font peser à son tour sur ses subordonnés.

Droit naturel : rendre à chacun son dû

Disponible en librairie sur commande ( fnac, Procure, etc)
Disponible en librairie sur commande ( fnac, Procure, etc)
Une des bases du droit naturel, valable aussi dans le monde du travail, est de rendre à chacun son dû. Javier Hervada explique avec humour et érudition jusque dans les racines aristotéliciennes les implications de ce " rendre à chacun son dû", dans son livre Qu'est ce que le droit?

La mécanisation du travail et l'usage des algorithmes empêchent progressivement le principe de subsidiarité et sa sagesse d'organiser le travail selon l'humain, et non pas selon la machine. Le droit à un travail épanouissant, qui est le dû de chacun dans son métier, en est affecté. 

A la base, retrouver le sens du droit naturel, puis appliquer le principe de subsidiarité, et enfin respecter l'humain au travail, devient l'enjeu de notre monde envahi par l'intelligence artificielle hyperperformante mais déconnectée de l'humain et potentiellement cause, parmi d'autres facteurs, de burn out, de bore out, de conflits internes dans l'entreprise, etc. Qu'on en juge au nombre de mails non lus ou survolés par les employés d'une entreprise à tout niveau : si tout doit être contrôlé en temps et en heure, tout doit être lu et analysé, et c'est humainement impossible... Seule la confiance et une organisation subsidiaire viendront à bout de la tâche.

Alors, retrouvons la sagesse du droit naturel, y compris au travail!

AC
 

Mardi 6 Novembre 2018
Lu 101 fois