Utopies, distopies, scientisme, transhumanisme : se repérer dans les idées contemporaines



                                                           
                Le cinéma contemporain met en scène une pléthore d’utopies situées dans des espaces et des temps plus ou moins lointains… La jeunesse (et pas seulement) se nourrit actuellement de distopies, un phénomène lié à l’histoire contemporaine et en réalité à toutes son évolution de l’Utopie de Thomas More aux distopies d’Orson Wells et des Hunger Games et autres divergeante… Qu’est-ce qu’une utopie et par conséquent une distopie ?

                La première, l’Utopie, tient son nom de l’île d’Utopie, littéralement «  de nulle part » inventée par Thomas More. Comme le signale Fazio, dans Histoire des Idées contemporaines, nous sommes à l’époque de la découverte de l’Amérique, et More fait «  fait raconter par l’un de ses personnages, Raphael Hythlodeus, les aventures qu’il a vécues au cours d’un récent voyage sous les ordres d’Amerigo Vespucci ». ( P 43)

                De cette utopie littéraire initiale vont naître d’autres récits de sociétés idéales, retracées par Fazio afin de les situer dans leur impact sur la société de l’époque. Ainsi, Montaigne et Rousseau ( p 45 et 46) vont utiliser le même mode littéraire pour critiquer la société de leur époque. L’utopie littéraire s’est avérée un puissant levier de propagande des idées humanistes. Le lecteur découvrira avec intérêt comment l’idée de progrès, chère à l’humaniste More (mais tempérée par sa connaissance philosophique et religieuse de l’être humain pécheur) et à tant d’autres, évolua vers les utopies négatives marxistes et vers les drames à grandes échelles du XXe siècle.
               

La distopie et l'urchronie pour tirer les leçons de l'histoire

 C’est ce passage tragique par les utopies inhumaines qui a fait naître le genre de la distopie : ce qui est raconté ne relève plus de l’utopie positive et humaniste d’une société idéale mais du récit d’une société illusoire à grands risques : du meilleur des mondes au pire des mondes. Mais le genre de la distopie peut avertir, tirer les leçons de l’histoire. Il n’hésite pas à imaginer des mondes où la seconde guerre mondiale aurait été gagnée par l’Allemagne et en tire les conséquences ( une urchronie, devenue série télévisée, – Le Maître du haut-Château – tirée d’une nouvelle d’un grand auteur de science-fiction, de Philip. K. Dick) ; où l’être humain devient peu à peu machine à son tour détruite par la technologie trans-humaniste (Blade Runner), pour en montrer les dangers.

La distopie dénonce les dérives du trans-humanisme issu du scientisme, mais parfois, au lieu de dénoncer, elle magnifie et répand une utopie cachée dans la distopie, celle du scientisme. Le chapitre consacré par Fazio au scientisme ( ch VIII) montrent l’aboutissement absurde des idées de progrès rousseauistes : «  La vision scientiste est encore présente de manière plus ou moins diffuse dans les mentalités, les universités et l’opinion publique. ; et ce en raison de son importante divulgation scientifique. De plus, à l’époque contemporaine, la philosophie ne se transmet plus exclusivement au niveau académique, comme c’était le cas dans le passé, mais de manière non systématique, comme idéologie « mélangée » dans les exposés scientifiques et les moyens de communications ». ( (P 272-273)

              

Des idées qui relèvent de la science-fiction...vers le transhumanisme

  Parmi ces moyens de communications de masse, il y a le cinéma. Voici en conclusion les domaines de pensées sur lequel il influe, et une des raisons pour lesquels il peut être bon d’aller au cinéma avec son livre Histoire des idées contemporaines sous le bras ou au moins en tête, tout en appréciant un bon film : «  Les progrès de la biotechonologie et de l’informatique, la recherche sur l’intelligence artificielle et les théories évolutionnistes de la nature donnent lieu à une nouvelle philosophie naturaliste et matérialiste. Ils ouvrent la voie à la thèse technocratique, selon laquelle les technologies du futur seront capables de résoudre tous les problèmes humains et même de créer une nouvelle espèce d’hommes plus parfaits, dont la mission serait de dominer l’univers. De toute évidence, ces idées relèvent de la science-fiction, mais elles dénotent une résurgence des Lumières ». (p 273)

Cependant, la manière de relever ici de la science fiction évolue vers le transhumanisme, nouvelle " lumière" miroitante, piège aux alouettes de l'homme auto-référentiel. Les bienfaits annoncés tourneront à l'exploitation de l'humain par l'humain, à la mercantilisation de son propre corps ( pma, gpa). Ce ne sera pas la domination de l'univers par l'homme mais son avilissement, thème clé de toutes les distopies actuelles, comme l'excellent ( mais fort violent) Elyseum avec Matt Damon et Judy Foster. Les nombreuses dénonciations contenues dans les distopies montrent qu'entre fascination, attrait et répulsion, tout le monde n'est pas dupe des idées scientistes et transhumanistes dans la culture contemporaine, heureusement!

AC

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Vendredi 28 Septembre 2018
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