L'injonction au bonheur, ou les causes du burn out dans l'histoire de l'économie.



Burn out et système

Le planificateur moderne est-il l'origine des burn out et des bore out? De ces maladies du stress et du sens qui emportent nos amis et nos proches? 

En lisant le livre de Jésus Ballesteros, Post Modernité, décadence ou résistance, on découvre le fil rouge ( incandescent) du burn out dans l'in-humanisme initié par les Lumières. Ont-elles tout incendié, ces Lumières, qui ont livré l'homme à l'homme? Bellesteros cite Chesterton: 

« The modern planner is only concerned with workers in the same way as with clocks: when they stop »,
  Gilbert K. Chesterton, Le retour de Don Quichotte, Paris, Bloud et Gay, 1928, Chap. IV, p. 46.

"Le planificateur moderne ne s'intéresse aux travailleurs que comme pour des mécanismes : quand ils s'arrêtent". Le burn out n'est pas traité pour remettre l'homme sur pied mais pour préserver le système, remettre la machine en marche. Ballesteros va plus loin, en dénonçant le chômage ( forcé, souvent, pour les personnes en état de burn out) comme une volonté du système, faite pour préserver ce même système mécaniciste.

"Il est bien entendu que la préoccupation se limite à l’arrêt volontaire ou à la grève, et non pas à l’arrêt forcé ou au chômage puisque celui-ci est chaque fois plus considéré comme une exigence du système lui-même afin d’éviter de plus grands dysfonctionnements".( Postmodernité, décadence ou résistance)

 

L'injonction au bonheur vue par Saint Simon et le court métrage de Steve Cutts, Happiness.



"L’exactitude, comme condition de la croissance et liée à la concentration du capital, provoque chez l’homme un phénomène de rupture. On peut l’observer spécialement dans deux domaines ; d’une part dans la rupture de l’équilibre entre la science et l’art, entre le travail et les loisirs, entre la production et la consommation. En ce qui concerne le premier aspect, il se retrouve très clairement dans l’œuvre de Claude Henri de Saint-Simon (1760-1825), prototype de l’organisateur technocratique, et celle d’Adam Smith". (Ballesteros, Postmodernité, Décadence ou résistance)

Steve Cutts l'a décrit dans un petit court métrage vu des millions de fois, saisissant par la force des images, illustration de l'injonction au bonheur, Hapiness.

La décadence décrite par Ballesteros est parfaitement représentée, mais qu'en est-il de la résistance? La deuxième partie du livre de Ballesteros ouvre des perspectives positives, ce qui manque dans beaucoup de dénonciations légitimes. Pour cela, Ballesteros retrace avec acuité l'histoire économique de la modernité. Enfin la vérité sur Saint-Simon, par exemple!


"Dans ses différents ouvrages, et en particulier dans 
L’industrie, Saint-Simon oppose le travail utile des scientifiques, ingénieurs, banquiers et industriels, qui augmente la richesse, en étant directement au service de la satisfaction des intérêts économiques, et le travail inutile des parasites comme celui des philosophes, théologiens ou juristes, qui repose sur le sentiment et se limite à reproduire la richesse sans l’augmenter". (Postmodernité, décadence ou résistance)

 

Remettre en cause la méga-machine et la division du travail

"Saint-Simon propose de mettre le pouvoir dans les mains des ingénieurs et des banquiers, afin qu’ils luttent pour éradiquer toute activité inutile et imposent le travail productif (...) Grâce à leur action, la société deviendra une véritable méga-machine dédiée à la production. Cela impliquera l’augmentation de la division du travail, prescrite depuis Adam Smith, et l’augmentation des jours ouvrables, de façon réellement sensible. Comme le rappelle Mumford dans Le Mythe de la machine, « jusqu’au XVIe siècle, plus de la moitié des jours de l’année étaient fériés »" .

Ainsi, déculpabiliser le travailleur en burn out peut signifier : retour à des rythmes non mécaniques, vision d'ensemble du travail et non plus sectorisée. Fragmenté, l'être humain a besoin d'être libéré des ingénieurs et des banquiers comme chefs de production. Il existe de bons ingénieurs et de bons banquiers, mais l'idéologie de l'homme augmenté commence avec une mutilation, une fragmentation de l'homme. Ils ne se trompent pas, ceux qui quittent le système pour refaire leur vie dans de petites villes moyennes loin des mégapoles, des mega algorythmes, des megaproductions....


 
 

Mais c'est dans la tête que commence l'unité contre la fragmentation

Ballesteros continue, donnant des clés de compréhension: 

"L’autre fractionnement se produira entre le modèle du producteur et celui du consommateur, déjà démontré par Bertrand de Jouvenel, puis développé par Alvin Töffler : « La personne conditionnée par sa famille, par l’école et par son patron à remettre sa jouissance à plus tard, à être disciplinée, à s’imposer des limites, à se restreindre, à être docile, à avoir l’esprit d’équipe en tant que producteur, était simultanément incitée, en tant que consommateur, à jouir tout de suite, à renoncer à l’esprit de calcul au bénéfice de l’hédonisme, à tourner le dos à la discipline, à rechercher les satisfactions individualistes – bref, à être quelqu’un de totalement différent »" ( Postmodernité)


Cette injonction paradoxale de masse ne serait-elle pas à l'origine de bien des burn out que l'on soigne si mal, car c'est aussi la société qu'il faut ré-unifier, avec un mode de vie plus proche des rythmes de la nature, une productivité plus unifiée, des initiatives citoyennes du type Green Friday? Il est temps d'entrer en résistance, et le petit livre de Ballesteros, Postmodernité, décadence ou résistance, est en cela un véritable manifeste à mettre entre toutes les mains.

AC

Mercredi 14 Novembre 2018
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