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Le supérieur, ou responsable, d'une communauté peut-il interroger ou sélectionner votre confesseur ou accompagnateur?



Il ne peut déjà pas être ce confesseur à cause de la notion de connaissance acquise.

Notre rubrique sur for interne/externe a longuement développé ce point du droit universel de l'Eglise. Celui ou celle qui gouverne ( organise) une cellule ecclésiale, quelle qu'elle soit ( paroisse, communauté, association), ne peut être ni le confesseur, ni l'accompagnateur, ni le psychologue des personnes sur qui il a autorité hiérarchique.

Les canons 984, 985 et 986 expliquent la notion de connaissance acquise : cette connaissance acquise par la confession, et par analogie dans l'accompagnement individuel, est la clé du problème. On peut la comparer au délit d'initié : connaissance acquise = pouvoir, avantage, moyen de pression. C'est par cette connaissance acquise que vient la tentation de la manipulation, de la main mise sur le for interne pour gouverner le for externe. On peut appeler cela le "gouvernement par accompagnement interposé". Cette connaissance acquise est ce qui fait les gourous, et devient au pire moyen de chantage, au moins pire, destruction de la confiance relationnelle.

  Can. 984 - § 1. L'utilisation des connaissances acquises en confession qui porte préjudice au pénitent est absolument défendue au confesseur, même si tout risque d'indiscrétion est exclu.

2. Celui qui est constitué en autorité ne peut en aucune manière utiliser pour le gouvernement extérieur la connaissance de péchés acquise par une confession, à quelque moment qu'il l'ait entendue.

Alors, le responsable/supérieur peut choisir les accompagnateurs spirituels, confesseurs et psychologues selon ses vues?

Quand l'Eglise demande de séparer for interne/externe, elle le fait pour préserver la liberté de conscience, bien le plus précieux des fidèles. Voilà pourquoi les réalités ecclésiales doivent s'organiser structurellement pour garantir cette liberté.

Il leur est donc interdit de montrer une obéissance qui ne soit que de façade sur ce point en contournant le problème et en faisant du gouvernement par accompagnement interposé.

Quelques exemples de contournement et de gouvernement par accompagnement ( indu) interposé.

Lorsque la séparation est demandée, certains mouvements à dérive séparent structurellement confession, accompagnement spirituel individuel et accompagnement psychologique...mais laissent les mêmes personnes en place : ceux qui étaient accompagnateurs( trices) au for interne deviennent responsables de la structure organisationnelle et sont tenus au for interne par les fondateurs ou les responsables précédents. Non, pour sortir du mélange, à vin nouveau, outres neuves!

Les accompagnateurs devenus gouvernants disposent donc d'une connaissance acquise au for interne utilisable pendant des années et sont en infraction au canon 984. Ils sont surtout dans une position de mélange et de pouvoir qui  les met en position dominante de gourou potentiel ou actif.

Voilà pourquoi il faut veiller à ne pas passer d'un domaine à l'autre sur une même structure. Par exemple, votre confesseur devient votre supérieur et se souvient parfaitement de votre péché de racisme récurrent, et voilà qu'il vous envoie en mission dans le pays concerné. Est-ce une sanction? Une manière de vous obliger à vous convertir? C'est de toute façon un moyen idéal pour briser la confiance, la liberté, la sincérité en confession ( que l'on rend ainsi, selon le terme canonique, odieuse, c'est-à-dire porteuse de crainte et de trouble). Il en est de même pour l'accompagnement spirituel.

Il ne doit jamais y avoir communication entre le confesseur, le supérieur, le psychologue, à moins d'une disposition expresse de l'accompagné

Le canon 984 interdit par extension, si on entre dans l'esprit qui le sous-tend, de s'introduire dans le choix du confesseur, de l'accompagnateur. Il ne doit en aucun cas être possible d'exercer une pression de choix. Par contre, il n'est pas interdit de se confesser et d'être accompagné dans la même famille spirituelle par quelqu'un informé des spécificités de la vie engagée dans un mouvement, une famille spirituelle comme nous l'avons expliqué dans cet article : peut-on être accompagné par quelqu'un de la même famille spirituelle?

Mais attention, personne, jamais, ne doit pouvoir choisir, ou sélectionner votre accompagnateur ou père spirituel ou confesseur pour vous, ou restreindre votre choix! Ce serait une main mise déviante : choisir en tant qu'autorité de gouvernement un petit groupe connu et contrôlable d'accompagnateurs ( et/ou de psychologues), partageant les mêmes convictions et dont l'accompagnement et l'esprit irait dans le sens voulu, comporte un grand risque.

Cependant, on comprend que les mouvements, et famille spirituelle cherchent des confesseurs et accompagnateurs spirituels idoines, et pourquoi pas de la même famille spirituelle, à la condition absolue qu'ils ne poussent en rien communiquer quoi que ce soit au gouvernement de la même famille spirituelle. La solution est donc dans des branches " spécialisées" de la même famille spirituelle. Cela existe déjà : des prêtres associés qui partagent la même spiritualité mais n'interviennent que pour le spirituel et jamais pour le gouvernement de la famille spirituelle concernée. Et il n'est pas obligatoire d'avoir recours à eux, même si c'est une bonne chose. Naturellement, ils peuvent exercer une forme de gouvernement ou de responsabilité dans la même famille spirituelle à partir du moment où cela n'implique jamais les personnes qu'ils confessent et accompagnent. Ce point doit être constamment vérifié dans les structures.

Ainsi, la liberté de conscience chère au canon 984 est respectée. Le principe de confidentalité aussi : " Ce qui est su de façon confidentielle à propos des personnes ne doit pas pouvoir être utilisé ni rapporté au gouvernement de quelque manière que ce soit." 

Mercredi 6 Juillet 2016
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