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For interne/for externe : une notion de liberté prophétique



Etre prophète, ce n'est pas voir l'avenir mais lui apporter des solutions

Dans chaque crise qu'elle traverse, l'Eglise trouve des prophètes pour l'avertir et la guider. Ce sont les saints, mais aussi tous les fidèles. Prêtre, prophète et roi : quel rapport avec une notion de droit canon somme toute technique, la séparation des fors interne et externe?

Le canon 129 sur la structure hiérarchique de l'Eglise est suivi de la définition de la séparation des fors au canon 130 et de la délégation de pouvoir au canon 131. Disposition prophétique voulue par le droit, elle permet à tout fidèle (prophète lui-aussi) de voir l'agencement très sage du pouvoir dans l'Eglise. Cet agencement apporte des solutions concrètes aux crises de gouvernement dans l'Eglise.

Créer la liberté, la consolider, la transmettre : le canon 129

§1. Au pouvoir de gouvernement qui dans l’Église est vraiment d’institution divine et est encore appelé pouvoir de juridiction, sont aptes, selon les dispositions du droit, ceux qui ont reçu l’ordre sacré.

 

§2. A l’exercice de ce pouvoir, les fidèles laïcs peuvent coopérer selon le droit.


Ce canon rappelle l'institution divine du sacerdoce et son pouvoir de juridiction : pour que la liberté des fidèles soit garantie, nul besoin de détruire le sacerdoce. C'est le sacerdoce qui est garant de la liberté de tous. Ceci à condition que la coopération des fidèles laïcs soit effective. Le mot "coopération" indique la nature du pouvoir dans l'Eglise (c'est une notion synodale). "Prêtre, prophète et roi", le fidèle laïc coopère avec ceux qui ont reçu l'Ordre sacré. Quand cette coopération est harmonieuse, la liberté de tous est assurée.

Le canon qui sépare et coordonne le for interne et le for externe : canon 130

Le pouvoir de gouvernement de soi s’exerce au for externe ; cependant il s’exerce parfois au for interne seul ; les effets que son exercice a naturellement au for externe ne sont alors reconnus dans ce for que dans la mesure où le droit en décide pour des cas déterminés.

Ce canon 130, placé dans le contexte du gouvernement dans l'Eglise et de l'Eglise, indique comment maintenir la coopération entre l'Ordre sacré et les laïcs. Si l'un ou l'autre s'arroge le pouvoir dans les deux fors (les laïcs aussi peuvent prendre le pouvoir de façon excessive), la liberté disparaît : le pouvoir de gouvernement s'exerce de soi au for externe, il exclut le pouvoir sur la conscience d'autrui. Les conflits issus de déséquilibre entre for interne et for externe peuvent avoir de graves conséquences sur les personnes : abus de pouvoir, accusations, calomnies, perte de confiance... Le canon 130 est là pour maintenir liberté et paix. Plutôt que d'accuser l'autre (le prêtre cléricaliste, le laïc qui s'arroge le pouvoir des clés), plutôt que de dégénérer en conflits de personnes, les situations de conflits dans l'Eglise devraient toujours amener à une "inspection", une enquête sur le rapport entre les deux fors. C'est peut-être ce que la multiplication des drames et des conflits actuels veut nous dire.

Gouverner, c'est prophétiser : le canon 131

§1. Le pouvoir de gouvernement est dit ordinaire lorsqu’il est attaché par le droit lui-même à un office ; il est délégué lorsqu’il est accordé à la personne elle-même sans médiation d’un office.

§3. Qui se prétend délégué doit prouver sa délégation.


On ne s'arroge pas le pouvoir de gouvernement. Il est donné par institution divine pour préserver la liberté des fidèles afin que la mission prophétique de l'Eglise soit accomplie. Le mélange du for interne et du for externe et surtout ses conséquences entraîne certains à attaquer l'Ordre sacré et l'institution divine du pouvoir de gouvernement, comme pour trouver un bouc émissaire canonique. Dans cette situation, les contre témoignages discréditent l'Eglise et sa mission. Mais gouverner, c'est prophétiser : c'est libérer les captifs, c'est servir selon l'intention du Christ qui a institué un pouvoir attaché à sa Personne divine. " Qui se prétend délégué doit prouver sa délégation" : ces trois articles montrent comment : institution divine, coopération, juste coordination des fors interne et externe, médiation, office. Ce dernier mot, office, service, complète le mot coopération, et c'est la coopération qui prouve la délégation : " Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir", dit le Christ. A ce service, les laïcs coopèrent eux aussi. Quand le gouvernement fonctionne dans cet ordonnancement, tous sont "prêtres, prophètes et rois".

 

Comme le disait Thomas d'Aquin, toute chose tend (est ordonnée) vers un bien "qui convient", selon un ordre que ces trois canons montrent magnifiquement. Gouverner, c'est prophétiser : c'est diriger dans l'ordre les choses pour qu'elles atteignent le bien qui leur convient. Le dernier article du droit canon le dit aussi, prophétiquement : observer "l'équité canonique et sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l'Église la loi suprême".

Redisons-le : le code de droit canon lui aussi peut être prophétique, c'est-à-dire qu'il peut présenter des solutions aux situations de crise de gouvernance dans l'Eglise. Les trois canons que nous venons de voir nous semble un exemple clé!

AC

Mercredi 13 Juillet 2022
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