Saint Joseph du Web
Recherche
Rss

Etre missionnaire grâce à l'écoute



Pas de mission sans écouter d'abord

Matteo Ricci, missionnaire en Chine, a longuement écouté les Chinois avant d'évangéliser. Il a écouté pour apprendre leur langue : cette première écoute lui a permis de se rendre compte qu'une langue mal apprise donnait lieu à des malentendus. Et il a appris à ses dépends que le nom chinois qu'il avait donné au Christ (tenez-vous bien, c'était plus qu'un malentendu : un "à bon entendeur, salut!") signifiait : rat pourri...
Cette anecdote célèbre aurait pu décourager le missionnaire. Il lui eut été facile de partir "en vrille" : mais il avait mal écouté, mal appris la langue, mal compris les bonzes chinois. Il décida alors d'écouter mieux.

L'écoute missionnaire aujourd'hui

Il en est de même aujourd'hui : la mission ne fonctionne que si l'étape de l'écoute est approfondie. Que de fois l'implantation rapide et efficace humainement d'une "oeuvre" ( mission, construction, hôpital, formation) cache-t-elle une écoute superficielle ! Alors, à la mesure de l'écart entre le réel besoin spirituel et le manque d'écoute, l'oeuvre, quelle qu'elle soit, se fracture. Les gens partent, s'éloignent sans trop dire pourquoi. Ils savent qu'ils ne seront pas écoutés car dès le début, ils ne l'ont pas été réellement. Combien dans l'évangélisation, il faut prêter attention à ces personnes qui s'éloignent discrètement après que leurs phrases ont été coupées d'un : "c'est comme cela, à notre manière, on l'a déjà dit". Leur participation n'est pas requise !

 

Que ressent et vit celui qui n'est pas écouté et que l'on évangélise ?

Celui que l'on évangélise mais sans l'écouter se sent méprisé. Ce qu'on lui propose est plus important aux yeux des évangélisateurs que la participation effective de l'évangélisé. Plus encore, ce qui est proposé est secondaire par rapport à la gloire de l'évangélisateur lui-même, son succès et sa manière de faire unilatérale.
Que ressent alors l'évangélisé ? 
Qu'il n'est qu'un subordonné que l'on embrigade, un trophée dans un rapport chiffré d'entreprise évangélisatrice. Mais comme il n'a pas été écouté, il n'est pas connu ni reconnu pour lui-même. Il se peut qu'il prenne l'Evangile, mais il risque fort de rejeter les évangélisateurs, quand il ne rejette pas les deux, par amalgame. Il restera parfois au "for externe", évangélisant en apparence, mais au " for interne", il sera bloqué, fermé. Il commencera à observer sans adhérer. Et il n'aura pas tort, car celui qui n'est pas écouté sait qu'il peut être utilisé, exploité.

Que ressent et vit un évangélisé que l'on écoute ?

L'écoute n'est pas temporaire mais permanente. L'évangélisé que l'on écoute entre dans une vraie fraternité. Il se sent et se sait respecté. Il a droit à la parole et ce qu'il dit de lui a autant de poids que ce que disent les évangélisateurs. Cette réciprocité est la base de l'écoute évangélisatrice. Donc, pour évangéliser, il faut savoir aussi se taire. Jésus aura alors la parole.
Ce fut le cas dans un deuxième temps pour Mattéo Ricci : il se lia d'amitié avec un Chinois qu'il écouta et qui le conseilla dans son approche de la Chine et des Chinois. Ce Chinois pourrait bien être canonisé avant Mattéo Ricci ou en même temps : Xu Guangqi était un homme ouvert et les échanges entre les deux amis sont certainement à l'origine de la notion d'inculturation appliquée. Matteo apprit le chinois, et Xu Guangqi le latin... tous deux partageaient la même passion des mathématiques. Mais ils furent surtout unis dans l'amour de Jésus Christ. 

L'écoute réciproque est la base de l'évangélisation durable. Parfois, le fait d'écouter sans même annoncer explicitement l'Evangile (il le faudra) peut suffire à créer l'étincelle. Toujours, le fait de ne pas écouter éteint la flamme. En revanche, s'il a été écouté, l'évangélisé à son tour écoutera Dieu ! Rappelons ici que l'écoute au for externe, dont nous venons de parler, ne doit pas être cumulée avec l'écoute au for interne par la même personne : écouter signifie aussi laisser libre et ne pas prendre le pouvoir sur les différents aspects de la personne.

Alors bonne écoute missionnaire et synodale, puisque c'est le premier mot d'ordre du synode!
AC

Mercredi 9 Février 2022
Lu 263 fois

Dans la même rubrique :














1 2