Saint Joseph du Web
Saint Joseph du Web
Recherche
Rss

For interne, for externe, LA notion la plus détestée des gourous.

For interne/externe : distinguer pour mieux coordonner...notre rubrique ne saurait être utilisée pour accuser nommément et sans nuances aucun mouvement, aucune communauté, et encore moins celles qui justement ont fait avancer canoniquement la réflexion sur le sujet et que l'on retrouve bizarrement mises dans le même sac par des " accusateurs/polémiqueurs" mal informés. Le rôle de juger sur pièce revient à d'autres, ( nous conseillons en ce sens la réflexion profonde et positive du livre de Mgr Tony Anatrella sur le sujet ( " Développer la Vie communautaire dans l'Eglise"). Notre rubrique veut offrir un espace libre de réflexion et de confiance dans l'Eglise.


13) For interne, for externe, accompagnement spirituel et accompagnement psychologique.



For externe, for interne, mais de quoi s'agit-il?

For interne, for externe, LA notion la plus détestée des gourous.
Cette notion est fondamentale pour le discernement d'une vocation, et pour la vie spirituelle en générale. Le for externe est ce que nous faisons au regard de la société, des autres, et dont nous devons rendre compte. Le for interne concerne notre vie privée, la plus intérieure, celle que l'on partage à un accompagnateur spirituel quand il s'agit de notre relation à Dieu, ( parfois à un confesseur), en tout cas sous le sceau de la confidence et devant rester en " for interne", c'est-à-dire ne pouvant être communiqué à des tiers sans notre accord.


En droit canonique, il est fait distinction entre le for interne (ou intérieur), correspondant au jugement d'un acte par rapport à sa conscience personnelle, et le for externe (ou extérieur), correspondant au jugement d'un acte par rapport à des critères objectifs externes.
Une confession relève du for interne. Elle est librement donnée, et les pénitences associées sont librement acceptées. Inversement, un jugement en droit canonique ne peut traiter que du for externe : il se limite à juger des actes ou des paroles objectifs, et a contrario peut imposer des sanctions.
C'est la Pénitencerie apostolique qui est chargée, entre autres, des cas de for interne problématiques[1].
En droit pénal, la distinction entre for externe et interne permet d'éviter la prise en compte de délits d'opinions, pour ne sanctionner que des délits correspondant à des actions effectives.

Quelle utilité que cette distinction?

Dans la vie concrète, cette distinction est une protection primordiale contre la main mise de qui que ce soit, et contre les manipulations et le risque de " mélange des genres".
Dans le monde du travail, on dit " on ne mélange pas les affaires et les sentiments"....dans le discernement d'une vocation, on ne mélange pas le for interne et le for externe.

Donnons quelques exemples : nous allons nous situer dans la paroisse, lieu le plus commun pour le catholique de base. Si on a une responsabilité, un service, que cela aille des fleurs au conseil paroissial, en passant par la gestion de la caisse...En for externe, le curé verra notre attitude, notre tempérament, notre travail, et ce n'est pas un problème. Mais imaginons qu'il sache aussi les éléments les plus privés de notre vie par les relations avec la famille, avec le milieu familial, et ajoutons la connaissance pour lui de notre vie intérieure, soit par la confession, soit par la direction spirituelle, soit par le mélange psycho-spirituel. La sagesse de l'Eglise va séparer les domaines afin qu'une même personne, en l'occurence, le curé dans notre exemple, ne puisse diriger tous les aspects de notre vie chrétienne. Donc si on travaille au service de la paroisse, il est demandé que le curé ne soit pas son directeur spirituel, ni d'ailleurs aucun membre de l'équipe paroissiale. Ainsi, en cas de conflit dans la vie paroissiale ( certes, c'est si rare...n'est-ce pas?), il n'y aura pas d'interactions entre les domaines.

Exemple d'interactions.

Le respect du for interne et du for externe vient de la longue expérience de l'Eglise à travers son droit interne que l''on appelle droit canonique. La notion d'autorité dans les communautés a peu à peu amené à la distinction des fors. Au for externe, dans la vie d'une abbaye par exemple, celui qui a autorité au for externe, dans l'organisation de la vie commune , n'aura pas autorité au for interne dans la vie spirituelle sacramentelle personnelle ( confession) ou non sacramentelle ( accompagnement spirituel). Un autre moine en sera responsable, et qui devra garder le secret , la confidentialité de ce qui relève du spirituel. Il ne devra jamais livrer le contenu des échanges, afin que la plus entière confiance et la plus entière liberté puisse régner.

Imaginons que cette demande pourtant traditionnelle et répétée de l'Eglise ne soit pas respectée : changeons de milieu et allons chez les femmes consacrées dans un couvent de contemplatives. Une mère supérieure connaissant le détail au for interne et au for externe de la vie d'une novice, pourra interpréter à sa manière ce qu'elle verra au for externe en fonction d'une confidence au for interne....et commettre ainsi de graves erreurs de jugements. Sans compter qu'elle aura alors tout pouvoir sur la personne qui se croira jugée par une décision, un changement de statut, en fonction de ses confidences. D'où la demande de l'Eglise de ne pas permettre un tel pouvoir concentré en une personne.

Protection et garde-fou.

Le for interne et le for externe seront toujours répartis sur deux personnes ne pouvant mettre en commun que le résultat final d'une décision ( accepter quelqu'un dans la vie religieuse, par exemple, ou au sacerdoce), sans que jamais le for interne ne soit divulgué.  Ce respect reste la meilleure protection qui soit contre les risques de dépendances affectives vis-à-vis du supérieur, de la supérieure, du responsable, etc...dépendances possibles d'un côté, main mise affective possible aussi de l'autre.

Autre protection, le for externe, ce qui se voit du comportement dans une vie communautaire, paroissiale, associative , n'est jamais laissé au regard d'une seule personne, mais toujours de plusieurs, dont la bienveillance et l'expérience évitent qu'une personne ne soit écartée pour cause d'incompatibilité de tempérament.

Notons enfin que si une structure ecclésiale procure un accompagnement spirituel ( confession et direction spirituelle), ceux qui exercent cet accompagnement ne seront pas dans le gouvernement : autorité spirituelle et autorité de gouvernement doivent être séparées, par contre un confesseur peut aussi exercer la direction spirituelle d'une personne à condition de ne pas avoir d'autorité de gouvernement vis-à-vis de cette personne, même si tous deux font partie du même mouvement ou de la même communauté. Il est donc vital pour bien des communautés concernées par ces mélanges d'autorité d'avoir d'une part une structure de gouvernement, et d'autre part une structure d'accompagnement spirituel individuel des personnes qui ne se superposent pas.

Les conséquences du mélange des genres : la secte.

L'Eglise a affronté dès ses débuts les dérives des sectes. L'observation du phénomène sectaire met toujours en exergue le "gourou" et sa capacité à tout gérer d'une personne. Au for externe, il décidera des fonctions, des postes, du travail, des horaires, de la rémunération, des changements arbitraires pour mettre quelqu'un d'autre à la place. Au for interne, il appuyera ses décisions " visibles" d'arguments invisibles et privés : je fais cela à cause de ce que tu m'as dit, en fonction de ce que je sais de tes relations, de ton passé, de tes désirs humains et spirituels.

Le confesseur, les péchés ( for interne!) se disent à l'extérieur.

For interne, for externe, LA notion la plus détestée des gourous.
Qu'on nous pardonne ce jeu de mot, mais les péchés qui relèvent du for interne, de la vie privée, se disent à l'extérieur du cercle habituel de vie. Ainsi, dans les monastères, dans les communautés catholiques qui connaissent ces demandes de Rome, le confesseur n'est pas obligatoirement un membre de la communauté, et s'il est membre de la même communauté, il n'a pas d'autorité de gouvernement sur la personne qu'il confesse ou accompagne spirituellement. De plus l'on est toujours libre, absolument libre, de se confesser à la personne de son choix.

Bien sûr, nous partons du principe que le confesseur respecte le secret de la confession. Mais s'il se trouve aussi être le directeur spirituel, le directeur de la paroisse ou de la communauté, il risque de mélanger les modes d'action d'où cette sagesse de l'Eglise de demander la séparation des types d'autorité et de veiller à ce que l'autorité de gouvernement ne soit pas cumulée avec l'autorité d'accompagnement spirituel individuel. Remarquons au passage que normalement un évêque ne confesse pas les prêtres de son diocèse pour éviter d'avoir sur eux l'autorité de gouvernement cumulée avec les confidences au for interne sacramentel.

Le droit canonique impose la distinction for interne, for externe et Rome veille à ce que les constitutions et statuts concernant toute vie communautaire respectent ce point qui est universel dans l'Eglise et a été respecté dans bien des ordres religieux de façon traditionnelle, par l'ordre des Sulpiciens. Dans cet ordre, le père supérieur n'est jamais le confesseur ni le directeur spirituel.

Au conseil qui prend les décisions ( sacerdoce, entrée dans la communauté, décisions de vie et de mission, le directeur spirituel sort lorsqu'on parle de celui qu'il accompagne et a interdiction de dévoiler quoi que ce soit de l'accompagnement spirituel.) Le dictionnaire de spiritualité rapporte que le mélange des fors et les abus, dans de nombreux ordres et communautés, ammenèrent à généraliser la prudence des Sulpiciens. L'article 130 du droit canon indique, à la suite de cette décision, que celui qui gouverne n'accompagne pas au for interne, bref, que les fors externe et interne doivent être séparés.

Et le psychologue, dans tout cela?

Le psychologue relève du for interne d'une certaine manière, de la vie privée, mais pas spirituelle. Par exemple, pour le discernement d'une vocation sacerdotale ou consacrée, les responsables du discernement peuvent demander que la personne rencontre un psychologue pour que soit mis en place ou vérifié des éléments de la personnalité, de l'autonomie affective ou encore de l'équilibre psychique, mais ces mêmes responsables n'ont pas à savoir les événements qui relèvent de la psychologie de la personne, encore moins à les divulguer. Il s'agit du droit de toute personne à la bonne réputation. C'est donc le for externe qui dira les manques et permettra de conseiller des entretiens psychologiques extérieurs. Il est essentiel pour cela de bien comprendre les directives données en ce but par la Congrégation pour le Clergé, pour l'usage de la psychologie dans le discernement des vocations.

Le for interne spirituel et le for interne psychologique doivent donc eux aussi être distingués et séparés dans l'accompagnement et confiés à des accompagnateurs distincts.

 

" Le maxi gourou spi et psy"

mimétisme
mimétisme
En terme de mélange du for interne, du for externe, du spirituel et du psychologique, les sectes font toujours l'impasse sur ces notions fondamentales, et pour cause. Dans une même communauté ou association, la prise de pouvoir sur les personnes se fera aussi par le biais psychologique : connaissance de l'histoire et des blessures intimes de la personne, autorité spirituelle plaquée sur ces mêmes personnes et autorité " financière" ajoutée s'il s'agit d'une communauté de vie sous le même toit.

Quelle que soit la vie consacrée concernée, le suivi psychologique ne doit jamais être fait en interne à une communauté ou association chrétienne, afin de préserver la liberté des personnes et de réduire les interactions : prise de pouvoir, lutte d'influence, divergeance d'analyse dont souffrirait la personne ainsi prise en étau, risque de concertation au mépris du secret de l'accompagnement, gaffes variées et indiscrétions qui fusent vite dans un cercle restreint! Si la même personne gère les postes communautaires importants, le suivi spirituel et psychologique, et même la confession, on voit l'emprise qu'elle peut ainsi prendre sur les personnes, surtout les jeunes.  Il peut en résulter un véritable formatage, une perte d'identité, le contraire de l'esprit de discernement qui lui fait sortir du flou, du mimétisme et de l'infantilisme en établissant des distinctions à la lumière de l'Esprit Saint.

Une bonne distinction des états de vie, du for interne et externe, du suivi psychologique.

Il nous reste à aborder un point important de protection : la distinction des états de vie, lorsque la vocation est aussi un appel à la vie communautaire. Il est demandé par Rome et les évêques de séparer les branches d'état de vie dans une même famille spirituelle. Concrètement, cela concerne le fait de ne pas mettre sous le même toit des états de vie différents. Mais c'est la partie visible de l'iceberg, l'enjeu étant, à la suite de la longue expérience de l'Eglise en terme de vie communautaire et en comparaison avec les sectes qui ont pullullé au cours des siècles, de protéger l'autonomie des personnes et d'éviter infantilisation et main mise. Ainsi, les prêtres relèvent des prêtres, et doivent avoir des prêtres pour responsables. Idem pour les religieux et religieuses, pour les consacré(e)s et les laïcs : un laïc ne peut être responsable de consacré(s) pour ce qui relève de leur consécration. Et encore moins accompagner ces mêmes consacré(e)s sur le plan psychologique s'ils oeuvrent dans la même structure d'évangélisation.( communauté ou association). Ce mélange des états de vie, des types d'autorité et des type d'accompagnement peut mener à des confusions graves, chacun s'attribuant des caractéristiques d'un état de vie et d'une autorité illégitime et finissant par en souffrir, car se trouvant en dehors de la grâce d'état et en position de toute-puissance.
Discerner : ce mot signifie aussi séparer, distinguer. Il ne s'agit pas d'empêcher la grâce, mais de mieux se mettre à son service, ce qui est confus cède ainsi la place à la sagesse de l'Eglise.
 
For interne, for externe, LA notion la plus détestée des gourous.

Au service de la grâce.

Si les fors sont bien séparés, et si les accompagnateurs restent bien dans leur domaine respectif, " tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu". Ainsi, le document cité plus haut qui donne des orientations sur l'usage de la psychologie dans le discernement des vocations sacerdotales souligne qu'il est du devoir de l'Eglise de donner accès à tout ce qui permettra un développement des qualités humaines. La sanctification peut passer par un psychisme " abîmé", mais pas par un " quiétisme psychologique" autant que " spirituel" qui ne ferait pas ce qui est possible pour une amélioration de l'équilibre humain. Des courants pourraient discréditer l'usage de la psychologie et donc de la formation humaine. Et pourtant la sanctification est d'un autre domaine que la psychologie et relève du spirituel.

En réalité, la grâce ne fait jamais l'économie de la nature, nous redit toujours Saint Thomas. C'est pourquoi l'Eglise ne refuse pas la psychologie, mais s'assure que la psychologie à laquelle recourent les chrétiens a bien une anthropologie compatible avec l'anthropologie chrétienne et bien-sûr, la déonthologie du thérapeute doit inclure le respect de la dimension spirituelle. Gare aux thérapeutes dont le bagage se révèlerait bien plus gnostique et new-age que chrétien ! Merci au thérapeute chrétien et/ou tout simplement bien formé professionnellement.

Chacun doit donc connaître et respecter le domaine de l'autre, le psychologue doit respecter l'accompagnateur spirituel et vice-versa, et il est primordial que chacun reste bien dans son domaine de qualification, soit reconnu et compétent et renvoie à l'autre quand il ne s'agit pas de sa compétence propre. Cette séparation est le seul moyen de garantir la liberté de l'accompagné. Spirituel et psychologie sont deux domaines propres, autonomes, avec leur vocabulaire et leurs objectifs propres, qui ne sont pas les mêmes et ne doivent pas être confondus. La confusion des deux mènent à l'impossibilité de discerner correctement, puisque l'on plaquera du spirituel sur du psychologique et vice-versa. La question mérite une ample reflexion de la part des théologiens chrétiens, en particulier dans le domaine de l'anthropologie théologique, à une époque où les gnoses psychologisantes se présentent comme des tentatives de christianisation de la psychologie...et aboutissent à des psychologisation du Salut, envahissant la pastorale de propositions qui se pensent comme des systèmes complets, passionnants et globalisants...loin de la Croix, du magistère et de l'annonce du Christ seul Sauveur. 

AC

 

Mercredi 27 Juillet 2011
Lu 5007 fois