Un pur bonheur, la plus savoureuse des nourritures : ce livre tient -il sa promesse?



Un pur bonheur philosophique et poétique

Adeptes du " Hygge", bonheur danois, prenez votre plaid d'automne, une bonne soupe, placez vos coussins préférés sous vos reins fatigués, au besoin mettez un peu de musique douce sur you tube ( en évitant les publicités, cause de crises anti hygge), et ouvrez ce livre...

Comme moi, vous le refermerez vers 1h du matin, preuve que le livre vous a accroché, et vous méditerez plus avant le lendemain et le surlendemain...et plus. Excellente nourriture, ce petit livre de moins de 150 pages vous nourrit comme un pain fait maison aux céréales non frelatées. Sa philosophie ne relève pas des OGM, mais plutôt d'une épicerie familiale aux fournisseurs les plus fiables. Ce qui n'empêche que j'ai découvert au passage quelques penseurs inconnus de moi, et donc j'ai lu le livre avec google question à portée de la main : Byung Chung Han côtoyant Aaron Appelfeld, et d'autres...

Au fur et à mesure de la lecture, mes références danoises de bonheur un peu simplet s'estompent tandis que le livre mêle philosophie et poésie pour, à travers le thème de la nourriture, me donner faim...

Le sous titre, la plus savoureuse des nourritures, prend le pas sur le pur bonheur : il faudra donc se laisser emporter par les exemples précis, les citations prenantes d'expériences de vie, le style d'écriture personnel d'Yvan Mudry, qui lorsqu'il ne cite pas des expressions en elles-mêmes saisissantes et poétiques, écrit aussi bien que ses maîtres et modèles. Faut-il énoncer ici la thèse de l'auteur, pour montrer qu'on a tout compris, et donc que l'on n'a rien saisi?

Peu à peu, le propos se fait mystique, sans imposer pourtant de lourdeur soit disant évangélisatrice. Mais sans masquer non plus les sources. A travers l'expérience humaine de ce que l'auteur appelle " les heures étoilées", à travers les récits d'extases et de ravissements de non croyants et de croyants, à travers un humanisme fondé sur " la plus savoureuse des nourritures", Yvan Mudry nous introduit dans un monde paradoxal où " à mesure que la capacité est remplie, la faim augmente, et plus elle augmente, plus elle est remplie; de toutes parts elle trouve des rassasiements, et ces rassasiements provoquent sans cesse une faim nouvelle qui trouve encore et toujours à se rassasier". ( p 119)

A ce point, j'avoue que j'ai eu une crainte : que l'auteur tire les non croyants dans son sens, dans un faux humanisme (plus ou moins chrétien) commun qui gommerait toutes les différences et divergences dans une même et fatigante injonction au bonheur à la mode. Et qu'il oublie de parler de la croix chrétienne. Le livre n'aurait plus été un pur bonheur mais un produit de consommation...

Ouf, il n'en est rien, je vous laisse découvrir ce merveilleux moment de lecture, avec ou sans plaid, avec ou sans musique douce, ce petit livre ne vous laissera pas sur votre faim...qu'il risque fort d'accroître à l'extrême, c'est là aussi un des paradoxes développés par l'auteur et on l'en remercie!

AC


Samedi 20 Octobre 2018
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