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La perle du Royaume, Valérian, Hegel et les singes....



L'importance de la perle dans le film Valerian...fait déjà des émules sur internet!
L'importance de la perle dans le film Valerian...fait déjà des émules sur internet!
En vrac, quel rapport entre la perle du Royaume , deux bons estivaux films au cinéma, Hegel, et même, rajoutons le pape François, en fin d'article, vous verrez.
Commençons par la perle : omniprésente dans le film Valérian, sorti sur nos écrans en même temps que l'Evangile du Dimanche et de la semaine nous parlait de perle... Pardon pour cette récupération héhontément chrétienne du cinéma contemporain, lequel est imprégné et tributaire de la culture chrétienne, entre autres dans  notre époque interculturelle. Donc, que les auteurs de la BD, ne m'en veuillent pas, ni Besson : j'ignore leur intention vis-à-vis du Royaume. Mais je ne peux que constater, après avoir lu la BD "Valerian, L'ambassadeur des Ombres" et apprécié le film de Besson, que la multiplication des perles ( via le grognon dans la BD, devenu charmant transmuteur ( je le préfère version Grimlin pas méchant dans la BD) est au programme. Et le Royaume n'est pas loin.

En effet, dans le film, c'est flagrant : le peuple qui recherche constamment la perle et finit par la trouver dans le pardon et la grandeur d'âme ( chrétienne sous un look new age?) ne fait que des choses devenues incompréhensibles pour le box office américain, il paraît : pardonner, ne pas se venger, ne pas tuer, être pacifique, et...migrer.
Sans vous raconter l'histoire, spoilons quand même un passage. Les victimes-migrantes de l'ambassadeur au nom impossible à retenir, nous le surnommerons donc Trumperie, ne se défoulent pas de leur épreuve sur le coupable. Mais Laureline et Valérian, si. Avec une délectation de justiciers remplissant leur rôle en toute légitimité. Et cela nous laisse ravis comme lorsque dans les contes, la sorcière est punie à la fin. Parce que c'est moral. 
 

La perle du Royaume, Valérian, Hegel et les singes....
Besson avait déjà démontré dans le 5eme élément la capacité à faire de l'anti-box office destiné à devenir film culte. Pour ma part, je mets Valerian dans les très bons films à voir en famille. Sous l'enveloppe libérale ( voir le personnage de Bubble, ), la morale : " On ne vit pas bien quand on n'a pas de personnalité à soi". Ce film ayant une personnalité à soi, je lui souhaite longue vie.

Plus frappant, plus violent, plus hégélien est le dernier opus de La planète des Singes, Suprématie. Le singe plus humain que les humains, César, parcourt les horreurs de l'humanité. Pas de perle en vue, mais la Terre promise en fin de film. Et, sous la permutation des espèces, l'humanité devenant inhumaine, les singes devenant la nouvelle espèce rédemptrice, l'avenir étant non pas dans l'individu mais dans l'espèce nouvelle...cependant, la Planète des Singes retourne tout le système d'Hegel et en montre la pente descendante et regressive ( d'où les nombreuses allusions au régime nazi dans le film, via les troupes du Colonel, ce qui permet un remake dans le remake avec la confrontation des deux personnages du Pont de la rivière Kwai, livre de Pierre Boule également porté au cinéma). Plus encore, la critique sous jacente de l'Amérique, présente dès le premier opus dans le film avec Ben Hur, se fait radicale : le Colonel, incarnation de la caricature sectaire, fondamentaliste et nationaliste, sera lui aussi puni, en étant réduit au silence...A noter qu'il bénit ses troupes avec un rasoir...( scène assez copiée de Waterworld, y compris l'angle de vue des caméras. Plus encore qu'Apocalypse now, le film semble emprunter avec délice les meilleurs aspects de deux films de Kevin Kostner, Postman et Waterworld ).

Le film Suprématie est lui aussi tributaire de la culture chrétienne et de la philosophie hégélienne, qu'il rejette en réalité pour finalement pencher vers la rédemption...de l'individu. Chose qu'Hegel refusait en prônant la race par dessus tout. L'Aufhebung était la théorie de la suprématie historique d'une nation, un temps l'Allemagne nazie...puis la démocratie impériale américaine...dont la décadence en tant que nation et futur collectif est apocalyptiquement dénoncée ici.
Mais le singe César ouvre un chemin de rédemption et de sacrifice très christique ( il passe de longs moments en croix...). Le personnage de la petite fille, lumineuse et angélique, rappelle aussi le Christ : lorsqu'elle donne à boire et à manger à César, la scène de Ben Hur assoiffé et à qui le Christ donne à boire, n'est pas loin. Et dans le royaume de la fin du film, une belle vallée américaine, la petite fille et les singes cohabitent. Du reste de l'humanité ( dans ses exemplaires américains), emportée dans de grandioses avalanches, il n'est plus question. A noter, un anti impérialisme américain impressionnant dans ce film, où le drapeau brûle, décroché dans l'Ape-pocalypse ( la singerie finale? le film regorge de symboles et de jeux de mots féroces) et par la révolte de César. 
Vous l'aurez compris, les films de cet été n'ont pas la même tonalité, mais ils ont de la profondeur et donnent à penser, cinématographiquement ( Suprématie a la suprématie artistique), philosophiquement, spirituellement. Ils obligent à penser au bien et au mal si mélés, et au jugement dernier, et c'est en cela que le pape François clôt cet article : Le singe César, plus humain que les humains du film, n'est pas un " pur" parfait, en cela le film de Besson est peut-être moins manichéen que l'adaptation du roman de Pierre Boule. Quant à l'ouverture à la Transcendance, elle est peut-être plus grande chez Besson qui évoque l'existence de l'âme, mais de façon matérielle ( Valerian a " reçu" en lui l'âme de la fille défunte du chef du peuple des perles). 

Angelus du 23 juillet 2017 :

« En ce monde le bien et le mal sont tellement entremêlés qu’il est impossible de les séparer et d’extirper tout le mal. Seul Dieu peut faire cela, et il le fera au jugement final. Avec ses ambiguïtés et son caractère composite, la situation présente est le champ de la liberté des chrétiens, où s’accomplit le difficile exercice du discernement.

Il s’agit donc de joindre, avec une grande confiance en Dieu et dans sa providence, deux attitudes apparemment contradictoires : la décision et la patience. La décision est celle de vouloir être bon grain – nous le voulons tous – de toutes ses forces, et donc de prendre ses distances par rapport au malin et à ses séductions. La patience signifie préférer une Église qui soit levain dans la pâte, qui ne craigne pas de se salir les mains en lavant le linge sale de ses enfants, plutôt qu’une Église de ‘purs’, qui prétende juger avant le bon moment de qui demeure dans le Royaume de Dieu et qui n’y demeure pas. »


Dimanche 6 Août 2017
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