Dans la salle commune: enfin de la place pour eux à Noël?



Joyeux Noël loin des mondanités, c'est de la pure résistance!

Passant dans la gare de Lyon ( à Paris), j'ai été frappée par une scènette symbolique: sur le hall tout en longueur s'étalait d'un côté une pub que des jeunes admiraient ( visiblement l'équipe de publiciste, bien sapés, hyper sympas, jeunes et beaux) : " vous allez passez un lutin de Noël" , on passe surtout rapidement sur la finesse du jeu de mot, avec un magnifique père Noël tout scintillant rouge et or, etc. 
Sur l'autre mur du hall, donc en face, une exposition de photos impressionnantes dont le thème était : quels objets ont-ils emportés avec eux avant de fuir la guerre, la faim, la famine, une exposition de HCR, Haut Comité aux Réfugiés. Des hommes dignes et pauvres, marqués par les épreuves, des femmes, des enfants, et des objets : la bouteille d'eau qui sauve la vie, la marmite qui nourrit dans la traversée du désert, le jean, seul souvenir d'une gamine de 14 ans qui a eu avant un passé normal. L'exposition s'appelait " The most important thing", la chose la plus importante.

Le hall, la salle commune des aveugles?

Dans ce hall de gare, les gens étaient aveugles pour certains, scindés en deux monde se faisant face, passant au milieu dans un mémorial de la honte....mais certains voyaient. Une femme aux cheveux teints en rose ( sic), un peu bohême d'allure, lisait attentivement les commentaires humanistes des photos et les cartes.  Au fond, nous étions quand même un certain nombre à savoir lire en petit, tandis que les publicistes continuaient à s'extasier sur leur publicité grandement décalée du réel. En énorme, la chose la moins importante...celle qui finalement dégoûte profondément, avec ses jolies couleurs...celles des réveillons de goinfreries solitaires et inhumaines. Celles des mondanités privées du sens de Noël. Autant passer Noël à une soupe populaire, ou avec des Immigrés, ou en cordée solidaire dans les Alpes, la nouvelle méditerranée qui tue les Migrants de froid, avant qu'ils ne soient cueillis par la police et renvoyés à la case départ, la case désespoir. Oui, autant passer un vrai Noël, en prière et en action quand c'est possible. 


 

Heureusement, la Résistance s'organise.

Car les gestes de solidarité, l'aggrandissement de la salle commune, les murs que l'on pousse pour faire de la place, cela existe encore. Humanistes et croyants de tous poils s'activent comme toujours dans les grandes résistances historiques. Ceux qui faisaient passer les Juifs au nez et à la barbe des Nazis menaient le combat de leur temps. Aujourd'hui, les Migrants sont le signe des temps : dans quelques decennies, on jugera cette génération sur son attitude vis-à-vis d'eux, sur l'humanisme, sur l'accueil, sur la capacité de discernement du bien et du mal. En attendant, ceux qui auront ouvert leur porte auront accueilli le Christ Migrant de Noël, avec les moyens du bord, et ils en auront reçu la Paix. ( Et les persécutions des gens de bien engoncés dans leur bien pensance politico-religieuse).

Ce que disait avec les meilleurs mots le Pape Benoît sur la question, tout comme François.

Nous avons récapitulé ici ce que dit le Pape François sur l'accueil des Migrants, dans son discours tout aussi évangélique qu'équilibré de prudence et de discernement. 

Benoît XVI affirmait à Noël 2012

La parole de l’évangéliste, dite presqu’en passant, affirmant que pour eux il n’y avait pas de place dans la salle commune, me touche aussi toujours de nouveau. Inévitablement surgit la question de savoir comment se passeraient les choses, si Marie et Joseph frappaient à ma porte ? Y-aurait-il de la place pour eux ? Et ensuite, nous vient à l’esprit que cette nouvelle, apparemment fortuite, du manque de place dans la salle commune qui pousse la Sainte Famille dans l’étable, l’évangéliste Jean l’a approfondie et l’a ramenée à l’essentiel quand il écrit : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (
Jn 1, 11). Ainsi, la grande question morale de savoir comment chez nous se passent les choses concernant les personnes déplacées, les refugiés et les immigrés, devient encore plus fondamentale : avons-nous vraiment de la place pour Dieu, quand il cherche à entrer chez nous ? Avons-nous du temps et de l’espace pour lui ? N’est-ce pas peut-être Dieu lui-même que nous refoulons ? 
 

SOLENNITÉ DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

Basilique Vaticane 
24 décembre 2012



Samedi 23 Décembre 2017
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