Saint Joseph du Web

Ordo Virginum : entre théo-féminisme et néo-féminisme?



Tandis que le Vatican s'interroge sur la place de la femme face au cléricalisme bureaucratique, l'Ordre des Vierges peut mettre en avant un féminisme théologique qui remonte à sa spiritualité propre. Mais avec une telle approche, quelle efficacité concrète attendre? Certes, l'Epouse du Christ qu'est l'Eglise a une nature féminine profonde dont la Vierge Marie et toutes les vierges de l'Ordo Virginum a sa suite sont l'incarnation. 

Cependant, pour ne pas rester dans des sphères éthérées, le théo-féminisme propre à l'ordre des Vierges s'est concrétisé dans le soin : le soin des âmes, au spirituel, le soin des petits, des faibles, de ceux que la société se doit de protéger. Nous disions dans un autre article que les Vierges de l'Ordo Virginum sont présentes dans le monde politique, culturel, économique. Elles le sont avec leur théo-féminisme et leur néo-féminisme. C'est-à-dire qu'elles oeuvrent concrètement dans un féminisme non aggressif, solidaire, complémentaire. 
 

Néo-féminisme compatible

Le théo-féminisme est aussi ancien que l'Eglise, il est bien antérieur à des élucubrations qui voudraient faire de Dieu le Père une déesse Gaïa féminine...Il repose sur l'anthropologie homme/ femme catholique telle que l'a définie Jean-Paul II dans la Théologie du Corps. 
Mais l'action sur le terrain pourrait facilement entrer en contradiction avec les racines du théo-féminisme, noyées que sont chacune des Vierges dans le flot des idéologies féministes modernes. 
Quel féminisme contemporain serait compatible avec le soin des âmes, la compassion au pied de la Croix, le respect des petits et des faibles, la maternité spirituelle, la virginité, le don de soi, la prière, etc? 

Un premier apport de Jésus Ballesteros, dans son livre Postmodernité, décadence ou résistance.

"Le premier féminisme avait défendu l’égalité des droits, mais au prix du sacrifice de ce qui est spécifiquement féminin sur l’autel des valeurs machistes de la production et du succès. La conscience de cette perte est ce qui a donné naissance autour des années soixante-dix, au mouvement néoféministe, qui coïncide avec l’expansion de la pensée non violente, œcuménique et écologique. Il admet ce qu’avait de positif le premier féminisme dans sa lutte pour l’égalité des droits de la femme, mais à côté de cela, il s’agit de changer les critères de reconnaissance de la dignité humaine, en inversant les postulats hégéliens auxquels le premier féminisme reste lié. Dans la Phénoménologie de l’Esprit, Hegel avait opposé le privé de la famille, dans lequel la personne se réduit à une ombre, au public de l’État, dans lequel l’individu parvient à sa pleine reconnaissance, en tant qu’il est disposé à mourir et/ou tuer pour l’État, et il en avait conclu que l’homme s’élève par-dessus l’animal dans le fait de risquer sa vie, non de la donner, puisque l’humanité concède avec raison la primauté au sexe qui tue, face au sexe qui accouche. Donc, le néoféminisme partira du service de la vie et de sa protection ( la pietas, incarnée par Antigone) comme clé de la reconnaissance personnelle. Ce qui est vraiment humain, c’est ce qui défend et protège la vie dans toutes ses manifestations, et ce service-là doit être le facteur fondamental de la reconnaissance." Jésus Ballesteros, Postmodernité, décadence ou résistance, éditions Boleine 2018.
 
 

Un néo-féminisme anticipé...depuis des siècles.

Si le néoféminisme ainsi défini est lié à une époque ( nous datons le néo-féminisme qui nous interesse dans les années 80, sachant que sous cette appellation surgissent des néo-féminismes bien différents), l'Ordre des Vierges, par son histoire multiséculaire, en avait intégré les données fondamentales bien avant la crise moderniste. En cela, on peut parler d'un féminisme universel catholique dont les Vierges sont les représentantes au cours des siècles. Leur apport est irremplaçable dans ce domaine. Les Vierges vivant en plein monde ajoutent à ce féminisme universel une particularité pour notre époque : elles sont une perpétuelle résistance, actives sur le terrain.  Voyons les points de convergences avec le néo-féminisme, tel que l'a défini la professeure nord-américaine Jean Bethke Elsthain dans son livre Public Man, Private Woman.


Voici ses propres paroles : « Une alternative à la protestation féministe qui recherche la complète absorption de la femme par la société mercantile devra ne pas perdre le contact avec la sphère traditionnelle de la femme. Le monde de la femme est issu d’une matrice de soin et de préoccupation pour les autres. Toute communauté humaine viable doit avoir parmi ses membres un important secteur consacré à la protection de sa vulnérabilité. Ceci a été historiquement la mission de la femme. Ce qui est regrettable, ce n’est pas que la femme reflète une éthique de responsabilité sociale, mais que le monde publique, dans sa majorité, a rejeté cette éthique-là ».
 
Jean Bethke ELSTHAIN, Public Man, Private Woman in Social and Political Thought, University Press, Princeton, 1981.

Pas de problème avec la maternité!

Comme on le sait, la maternité vue comme " les chaînes de la nature", chaînes dont il faudrait se défaire, empêche un certain féminisme de puiser dans les ressources profondes de la féminité liées au soin de l'autre. La Vierge de l'Ordo Virginum possède une maternité spirituelle qu'elle peut incarner dans toutes les formes sociales de soin de l'autre, en tant que laïque vivant en plein monde, tandis que ses soeurs moniales portent le monde dans la maternité spirituelle de la prière exclusivement. ( théo-féminisme)

Quoi qu'il en soit, la fécondité de l'Ordo Virginum, y compris en termes de  théo-féminisme et de néo-féminisme, s'adapte à toutes les époques sans se dénaturer. C'est aussi une des raisons pour lesquelles cette vocation est en pleine expansion actuellement.


Ac
 

Samedi 24 Février 2018
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