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Sainte Marguerite Bourgeoys, fêtée le 12 Janvier

Aventurière de Dieu au Canada

Notre rubrique " Ils méritent d'être connus, vous présente tout au long de l'année les 482 saints canonisés par Jean-Paul II. Découvrez-les avec nous, au fil de l'année, comme des compagnons et des amis. L'Eglise nous les propose dans la communion des saints, car...ils méritent d'être connus!


Marguerite Bourgeoys gagnera le coeur de nos lectrices aventurières...Celles qui sont prêtes à aller à l'autre bout du monde pour porter l'Evangile. Celle que le grand large du Canada attire, encore de nos jours.
 
L'intervention profonde de Marie
 
Marguerite n'a pas 20 ans et elle est une jeune personnalité épanouie et que tente le " beau monde" de son époque. Dans un cercle d'amis, on ne voyait qu'elle, elle avait tout pour " briller". Ses biographes rapportent qu'en cette année 1640, le 7 octobre, quelque chose change en elle à la vue d'une statue de Marie. Laissons Marguerite raconter:
" En 1640, le dimanche du Rosaire, j'allai à la procession des Jacobins où il y avait grand monde et comme le cloître ne suffisait pas, on traversa une rue et on repassa devant le Portail de Notre-Dame où il y a, au-dessus de la porte, une image de pierre. En jetant la vue pour la regarder, je la trouvai très belle, et, en même temps, je me trouvai si touchée et si changée que je ne me connaissais plus. Et retournant à la maison, cela paraissait à tous. Et comme j'étais fort légère, j'étais la bienvenue avec les autres filles; mais dès ce moment, je quittai tous mes ajustements et me retirai d'avec le monde, pour me donner au service de Dieu."
 
Essais multiples
 
Marguerite ne va pas pour autant devenir cloîtrée, ce qui à l'époque était la norme : elle donne aux mots " se retirer d'avec le monde" une signification plus large. La voilà partie pour une première aventure de fondation religieuse...ce sera un dur échec, car des deux compagnes recrutées, l'une meurt et l'autre renonce pour se marier. Une constante s'impose dans la vie de Marguerite, il lui faut le grand large. Le prêtre qui sera son inspirateur et père spirituel, l'abbé Gendret  une douzaine d'années, la suit dans ses différents essais. Elle tente le Carmel et ressort fort vite. Elle restera longtemps dans une congrégation " externe". Il s'agit à l'époque de femmes qui servent le Seigneur sans entrer dans un ordre cloîtré. Mais l'Eglise à cette époque n'est guère favorable à cette forme de consécration. Marguerite ne sait pas encore qu'elle fondera une des rares congrégations de cette époque qui réussira à évoluer vers une consécration du laïcat. mais pour cela, le Seigneur l'enverra vers un monde neuf, en friche, en fondation...le Canada.
 
Un échec, un tremplin
 
Marguerite doit son départ au Canada à un concours de circonstances providentielles. Elle qui cherche sa vocation dans une congrégation externe et en fondera une à l'autre bout du monde connu de l'époque ne sait pas encore que c'est par ses recherches et dans un de ses " essais" que l'attend son destin. Louise Chomedey, une religieuse de la Congrégation de Notre-Dame de Troyes et directrice d’une communauté externe de femmes lui fait rencontrer son frère Paul de Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de Montréal au Nouveau-Monde. Il recherche une enseignante pour Ville-Marie, la ville dont il est le gouverneur. Sa soeur lui suggère Marguerite.
 
La Vie Voyagère de la sainte Vierge
 
Marguerite Bourgeois doit cette expression à l'abbé Gendret, qui voit dans les vocations non cloîtrées une expression de la vie de Marie partant en visitation. Marie n'a pas été cloîtrée...Marguerite, dans sa ville de Troyes, avait entendu parler de l'aventure du Canada. Les récits héroïques des Jésuites animent les cercles catholiques, sur le même ton que les récits de mission et de martyrs en Chine. Marguerite fera sept fois la traversée en bâteau dans sa vie...souvent comme seule femme à bord, et échappant aux dangers que la mémoire populaire a transformée en films d'action sur les pirates. Il faut croire qu'elle avait le pied marin, car là où beaucoup d'hommes meurent ( elle les veille et les assiste), elle ressortira toujours vivante.
 
La fondation d'une ville consacrée à la Sainte Famille
 
Marguerite est de la même époque qu'un Monsieur Olier, fondateur des Sulpiciens, où qu'un Pierre Lambert de la Motte, premier vicaire apostolique au Vietnam et co-fondateur des Missions Etrangères de Paris. Sait-on que Monsieur Olier avait dit à Pierre Lambert qu'il partirait volontiers avec lui en Asie? Et en même temps, ce même monsieur Olier sera très important pour la fondation de Ville-Marie, la ville qui deviendra Montréal. Marguerite vit à une époque de missions et d'échanges spirituels intenses. On retrouve à la source spirituelle de ces mouvements missionnaires encore magnifiquement féconds aujourd'hui la redécouverte de la Sainte Famille et de Saint Joseph, dans un esprit novateur pour l'époque.
 
Ville-Marie
 
Monsieur Olier avait dès le début compris l'importance du Nouveau Monde. Il réunira en France des cercles de prières et d'aide concrète pour la fondation de missions et de villes consacrées à la Sainte Famille. Le 2 février 1642, il réunira 35 associés de Saint Sulpice à Notre Dame de Paris pour consacrer l'île de Montréal à la sainte Famille. (Moïse Blatrix, vie de sainte Marguerite Bourgeoys, CLD, 1982, p 31)
 
Et il enverra les messieurs de Saint Sulpice pour tenir séminaires et écoles au Canada. Son successeur sera un appui et un soutien indefectible pour Marguerite Bourgeoys et pour Ville-Marie. Marguerite a entendu parler de cette consécration à la Sainte Famille. Ainsi, les grands esprits missionnaires se rencontrent. Agnès de Langeac, qui sera béatifiée par Jean-Paul II, était morte en 1634, après avoir préparé monsieur Olier à la réforme des séminaires dans l'esprit du Concile de Trente. Dans la ville du Puy en Velay, un séminaire sulpicien se fonde sous l'impulsion de Monsieur Olier, séminaire qui enverra des missionnaires spécialement en Asie, tandis que son jumeau se fonde à Ville-Marie. Belle fécondité de ses saints qui s'entraident visiblement ou invisiblement dans la même mission !
 
Mais qu'est-ce que Ville-Marie? A l'époque de l'arrivée de Marguerite au Canada, c'est un gros village de 50 habitants, une mission implantée en territoire iroquois et en butte aux attaques hostiles. Les responsables de la mission voient se profiler l'échec et lancent un appel au secours. Pour tenir, la ville en fondation a besoin de renforts et de sang-neuf. L'appel est répercuté en France et un navire avec plus de cent hommes part. Cent hommes et Marguerite Bourgeoys qui se dévouera à l'éducation.
 
Fonder une ville chrétienne en Nouvelle-France...
 
Marguerite a eu six frères et soeurs, dont trois sont morts très jeunes. A la mort de sa maman, Marguerite a élevé ses frères et soeurs. Elle ne savait pas que cette expérience d'éducation la préparait à fonder non pas une famille dans le mariage mais une ville, une congrégation et une patrie, puisqu'aujourd'hui elle est honorée du titre de Mère de la Nation par les Canadiens.
 
Ville-Marie est une ville chrétienne, et Marguerite s'y dévoue. L'effervescence d'un monde en gestation ne l'effraie pas. Marguerite n'est pas une naïve, ni une poule mouillée. Voyager seule pour une femme à l'époque demande beaucoup de sang-froid et de courage. Marguerite raconte que dans un auberge, étant la seule femme, elle avait été aidée par un "Pays", un homme de Troyes. Las, sa serviabilité avait d'autres motifs pour céder sa chambre. Au matin, il trouve la porte barricadée de l'intérieur. Marguerite a flairé le piège à temps. Sa rude vie " voyagère" lui a donné le bon sens et l'expérience. Elle éduquera les femmes à Ville-Marie en prenant à coeur les réalités de leur vie.
 
 
Une vie mouvementée
 
Or, la vie des colons canadiens n'est pas rose. Quand les Iroquois attaquent et tuent, ce sont des amis et de jeunes fiancés ou époux qui meurent. Et Marguerite console, aide, établit ces jeunes femmes, et les tournent vers Dieu. Combien de mariages a-t-elle encouragés, discernés, guidés? Ville-Marie est une ville où le pire et le meilleur peuvent advenir. Marguerite veillera pour que ce soit le meilleur. Le roi de france, Louis XVI, accorde à Marguerite des lettres patentes qui établissent administrativement sa congrégation et le travail fait auprès des jeunes femmes. Ces femmes qu'on appelle " les filles du rois" et qui sont des orphelines que l'époque, troublée par les guerres en France, envoie tenter leur chance chez les Iroquois...
 
 
Et ces jeunes femmes, en débarquant sur le port, sont accueillies par une mère, qui vit comme elles, partage tout avec elles, les écoutent, les connaît chacune par leur nom. Beaucoup s'établiront fort bien donneront naissance aux premières grandes familles canadiennes. Mais les débuts héroïques de Ville-Marie, dont les lieux sont devenus pour les Canadiens des musées et des lieux de pélerinage, passent par la pauvreté, le travail, les difficultés de toutes sortes. La première école fondée par Marguerite est une " école-étable". Elle deviendra la maison Saint Gabriel, devenue Musée aujourd'hui.
 
musee
 
Marguerite recueille aussi des orphelines et assez rapidement des Iroquoises, dont certaines deviendront les premières membres de sa congrégation et s'occuperont de l'éducation des filles Iroquoises. Ainsi, son coeur ne se divise pas selon les préjugés raciaux mais accueille sans distinction de race ni de couleur, selon les principes de l'Evangile.
 
 
(portrait authentique de Marguerite Bourgeois)
 
Jeanne Mance
 
Avec Jeanne Mance, une autre personnalité fondatrice de Ville-Marie, Marguerite retourne en France après six ans d'absence demander des secours et des vocations d'enseignantes et d'hospitalières. Jeanne Mance était gravement malade à l'arrivée en France. Le 2 février, en la fête de la Purification, fête bien importante pour les piliers spirituels de Ville-Marie, Jeanne Mance se rend sur le tombeau de monsieur Olier. Et elle guérit miraculeusement. ( idem p 62) Le procès de béatification de Jeanne Mance a été introduit en 1958.
 
Les vocations iroquoises
 
Une petite fille iroquoise est ammenée par son grand-père à la mission. Le grand-père indien a été baptisé par le célèbre p. Isaac Jogues. Marie-Thérèse Gannesagouas doit son prénom chrétien au choix de son parrain, le gouverneur Courcelles qui a choisi le prénom de la reine de France. Marie-Thérèse logera et grandira avec les filles du Roy, et demandera à entrer dans la congrégation. Elle mourra en grande réputation de sainteté, âgée malheureusement seulement de 28 ans.
 
Une autre iroquoise, Marie-Barbe Atontinon, entre dans la congrégation.
 
La congrégation
 
Dans les règles de sa congrégation , Marguerite précise " qu'il lui semble que toutes les toutes les filles qui y demeurent doivent être égales, en sorte que la supérieure, après sa démission, puisse être employée à tous les offices de la maison". Elle le vivra le plus simplement du monde, tout en gardant sa place de fondatrice et de conseillère. L'évêque de Québec, Monseigneur de Saint vallier, ne comprend pas ce qu'est une congrégation non cloîtrée et voudrait durcir les règles de vie. Marguerite défend le projet du Seigneur avec l'appui du successeur de monsieur Olier, monsieur Tronson, dont le discernement lui sera souvent indispensable ainsi que son appui personnel. Marguerite traverse aussi l'épreuve dela nuit de la foi, se croyant damnée et persuadée d'avoir complètement manqué le projet du Seigneur. Monsieur Tronson remet délicatement les choses en place.
 
Marguerite vieillit, elle accepte humblement les mesures qui l'écartent plus ou moins, surtout en raison de son âge et peut-être aussi d'une inquiétude excessive due à la vieillesse. Elle n'est pas rejetée en tant que fondatrice, comme cela arrive dans d'autres vies saintes, mais il lui faut humblement, comme elle se le proposait, rentrer dans le rang, après une vie d'aventures et de combats. Mais elle monte au créneau jusqu'au bout quand la congrégation a besoin de son conseil de fondatrice. Elle voit ainsi s'établir solidement cette congrégation. Aujourd'hui, le musée Marguerite Bourgeoys est géré par un conseil où sont présents les Sulpiciens et les membres de la Congrégation, belle longévité dans la collaboration!
 
L'amour, toujours.
 
Marguerite vient de voir une des premières petites qu'elle a recueillies et accueillies. Celle-ci a désormais soixante ans. Elle avait douze ans quand elle avait embarqué sur le saint Nicolas, le navire qui ammenait Marguerite au Canada. Marie Dumesnil s'était mariée à 14 ans, et Marguerite avait toujours été sa consolatrice et son soutien. Marie a une fille qui aujourd'hui a 33 ans et est maîtresse des novices dans la congrégation de son amie Marguerite. La congrégation compte déjà plus de 30 soeurs.
 
Et voilà que la fille de Marie Dumesnil, la jeune maîtresse des novices, tombe malade. Marguerite Bourgeoys s'écrit: " Ah, mon Dieu, que ne me prenez vous plutôt!"
 
Et elle meurt une dizaine de jours plus tard, le 12 janvier 1700 tandis que la jeune maîtresse des novices reprend vie et que la maman de celle-ci pleure celle qui a été une mère pour elle...Marguerite Bourgeoys a fait de sa vie une vie de famille et d'amour.
 
Sur sa tombe, on peut lire: " Ci-gist Vénérable Soeur Marguerite Bourgeoys, fondatrice et première supérieure des filles de la congrégation de Notre Dame, établie en l'Isle de Montréal, pour l'instruction des filles, tant dans la ville qu'à la campagne, décédée le 12 janvier 1700. Priez Dieu pour le repos de son âme."
 
 
 
 
 
Chapelle de pèlerinage Notre-Dame-de-Bon-Secours dont la construction remonte au milieu du XVIIe siècle. Ce sanctuaire dédié à la Vierge-Marie est le plus ancien site montréalais qui a conservé sa fonction d’origine, soit celle d’accueillir des pèlerins. Ce patrimoine est mis en valeur au complexe muséal Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours/Musée Marguerite-Bourgeoys, créé en 1998. 
 
 
extrait:
 

DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PÈLERINS RÉUNIS POUR LA CANONISATION
DES BIENHEUREUSES MARGUERITE BOURGEOYS
ET JEANNE DELANOUE

Samedi, 30 octobre 1982
 
Chers pèlerins de France et du Canada,
de Troyes et de Montréal, de Saumur et d’Angers,
et vous chères Sœurs de nombreux pays,

1. Vous êtes tout à la joie et à l’honneur en vous préparant à la célébration de la canonisation des bienheureuses Marguerite Bourgeoys et Jeanne Delanoue. Et moi, je suis très heureux de vous recevoir dans ce cadre familial, avant la solennité de demain. Le temps nous manque pour nous entretenir longuement, et par ailleurs, il faut laisser à cette liturgie, à l’homélie en particulier, le soin d’exprimer l’essentiel du message. Je me limite donc à trois souhaits qui sont plus adaptés à cette rencontre.
2. D’abord de telles canonisations posent une question à vos communautés diocésaines ou nationales. Est-ce que la sainteté d’un homme, d’une femme, prêtre, religieux, laïc, pourrait facilement s’y épanouir aujourd’hui? Y serait-elle préparée, accueillie, soutenue? J’entends bien: la sainteté est une œuvre de l’Esprit Saint, agissant comme le vent qui “souffle où il veut”, de façon imprévisible, et la réponse de l’intéressé s’exprime avec une telle originalité qu’elle se heurte souvent, sur le moment, à l’incompréhension, voire à l’hostilité d’une partie de l’entourage. Ces épreuves font partie intégrante de la vie des saints. Mais nous savons aussi que l’âme des saints y est généralement disposée par tout un courant religieux qui l’a éduquée dans ses profondeurs et lui permet de trouver des points d’appui. C’était bien le cas dans ce XVIIe siècle français, avec saint Vincent de Paul, le Cardinal de Bérulle, Monsieur Olier, et tant d’autres, qui préparaient ou recueillaient les fruits d’une floraison religieuse très profonde, en écho à la réforme du Concile de Trente. Et de même, au début du XVIIIe, avec notamment saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Demeurez fiers, chers amis français, de ces grandes heures de votre histoire et, dans l’espérance, efforcez-vous d’en préparer de nouvelles pages dans le contexte d’aujourd’hui, en soutenant les vocations personnelles à la sainteté et en entretenant aussi des communautés chrétiennes vivantes qui en seront l’humus nécessaire.

Je pense de même au Canada: après plusieurs bienheureuses Marguerite Bourgeoys est la première qui va être canonisée. Elle voulait jeter les bases d’un monde nouveau, pour ce “nouveau monde”: continuez, chers amis canadiens, de construire sur ces fondements!
Lire la suite sur le site du Vatican
 
 

Jeudi 4 Mars 2010
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