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Choisir une communauté aujourd'hui ? 7) Utilisation d'une structure à des fins personnelles...

Lorsqu’il y a utilisation à des fins personnelles d’une structure ecclésiale, par quel processus cela est-il rendu possible ? Il peut exister un « juridisme de façade », sorte de kit canonique déjà entièrement pensé par un fondateur ou un groupe, parfois ultra-structuré en apparence, mais sans notion de bien commun et d’exercice des droits des fidèles…par les fidèles. En précisant que le terme fidèle recouvre tous les baptisés, prêtres et laïcs.



a) Les conséquences sur l’exercice de leurs droits par les fidèles : formation déficiente, cléricalisme, manque de responsabilisation du laïcat.

Choisir une communauté aujourd'hui ? 7) Utilisation d'une structure à des fins personnelles...

Le canon 223 ( voir note 1) complète utilement et organiquement le canon 221  ( voir notre article sur l'antijuridisme d'Eglise ) pour discerner quand il y a juridisme de façade. Ce juridisme de façade est parfois poussé à son extrême sous une forme de juridisme présenté comme sacré, rempli de références à l’importance du droit, mais un droit «  absolutisé » et instrumentalisé à des fins personnelles qui élimine la notion de bien commun réel de l’Eglise, autant au sens spirituel qu’au sens temporel. Le juridisme de façade, on le comprend bien, n'est pas selon le droit mais selon une apparence de respect du droit.

Les fidèles sont alors simplement appelés à ratifier sans débat et surtout sans références et formation canonique solide. Ce déficit de formation canonique et d’information solide  se fait sentir quelle que soit la «  sensibilité » ecclésiale. On en vient d’ailleurs à taxer cette sensibilité, expression d’une légitime pluralité dans l’Eglise, de cause majeure des problèmes détectés chez l’autre. Le droit canonique permet de sortir de cette simplification, en offrant des droits et des devoirs objectifs, hors de toute sensibilité. Il entre là une notion de responsabilisation du fidèle : à lui, en se formant, de se donner les moyens d’exercer ses droits et devoirs.

Le cléricalisme n’est-il pas aussi une version de l’anti juridisme et une conséquence de l’ignorance de l’interaction des droits et devoirs des différentes catégories de fidèles ? On parle beaucoup de responsabilisation du laïcat, des fidèles laïcs, mais on peut étendre le concept à la responsabilisation des fidèles dans toute structure ecclésiale, des religieux aux laïcs, en veillant à ce que l’attitude qui tend à tout remettre dans les mains du prêtre en ce qui concerne l’organisationnel soit équilibré selon l’ecclésiologie de Vatican II. Le pape François souligne ce problème dans son discours aux évêques d’Amériques du Sud lors des JMJ de Rio :

5. Nous, Pasteurs, Évêques et Prêtres, avons-nous la conscience et la conviction de la mission des fidèles et leur donnons-nous la liberté pour qu’ils discernent, conformément à leur chemin de disciples, la mission que le Seigneur leur confie ? Les soutenons-nous et les accompagnons-nous, en dépassant toute tentation de manipulation ou de soumission indue ? Sommes-nous toujours ouverts à nous laisser interpeller dans la recherche du bien de l’Église et de sa Mission dans le monde ?[[2]]

On pourrait parler d’un anti-juridisme s’opposant aux droits des fidèles en contradiction avec Vatican II et son ecclésiologie, oserons-nous dire : anti juridisme plus spécifiquement répandu dans le clergé ?…mais le pape François est plus nuancé sur l’origine de cette forme d’anti-juridisme qu’il qualifie de «  complicité pécheresse » :

3. Le cléricalisme est aussi une tentation très actuelle en Amérique Latine. Curieusement, dans la majorité des cas, il s’il agit d’une complicité pécheresse : le curé cléricalise, et le laïc lui demande à être cléricalisé, parce que c’est finalement plus facile pour lui. Le phénomène du cléricalisme explique, en grande partie, le manque de maturité et de liberté chrétienne dans une bonne part du laïcat latino-américain. Ou bien il ne grandit pas (la majorité), ou bien il se blottit sous les couvertures des idéologisations, dont nous avons parlé, ou dans des appartenances partielles et limitées. Il existe, dans nos régions une forme de liberté des laïcs à travers des expériences de peuple : le catholique comme peuple. Ici on voit une plus grande autonomie, saine en général, qui s’exprime fondamentalement dans la piété populaire. Le chapitre d’Aparecida sur la piété populaire décrit en profondeur cette dimension. La proposition des groupes bibliques, des communautés ecclésiales de base et des conseils pastoraux vont dans le sens d’un dépassement du cléricalisme et d’une croissance de la responsabilité des laïcs.[[3]]

Quelles conséquences alors de ces trois maux actuels de l'Eglise : formation déficiente, cléricalisme, manque de responsabilisation du laïcat ? Le détournement des structures ecclésiales à des fins personnelles. En termes que la société civile comprend fort bien, il s'agit de la prise de pouvoir dans la structure par le gourou, qui profite de ces failles. Le droit ecclésial est justement là pour empêcher une telle atteinte au bien commun de tous. On comprend que les gourous tiennent souvent un langage anti juridique ! Le droit canon ( ou droit ecclesial) retrouve du coup dans l'Eglise ses lettres de noblesse comme défense du droit de tous, et comme lieu d'expérience et de protection. Sa théologie, entièrement basée sur Vatican II lors de la refonte de 1983 permet de veiller au bien commun dans l'Eglise. 

Il y a urgence à promouvoir le droit ecclésial et son efficacité, car la société contemporaine cherche des lieux où le droit soit fondé. Sans cela, tout est assimilé, à tort parfois, mais souvent à raison, aux dérives sectaires. 


[[1]] Cf Can. 223 § 1. Dans l’exercice de leurs droits, les fidèles, tant individuellement que groupés en associations, doivent tenir compte du bien commun de l’Eglise, ainsi que des droits des autres et des devoirs qu’ils ont envers eux.
[[2]] Discours du Pape François aux évêques sud-américains, Rio, 29. 07. 2013
 http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Discours-du-pape-Francois-aux-eveques-sud-americains-2013-07-29-992257
[[3]] idem. Op. cit


Assimilation de l'Eglise aux dérives sectaires : réponse dans le droit ecclésial!

Choisir une communauté aujourd'hui ? 7) Utilisation d'une structure à des fins personnelles...
Cette caricature illustre bien comment l'Eglise peut être assimilée à une secte par les médias, si elle ne fait pas respecter son propre droit en interne, puis en externe. La réalité est tout autre, car les procédures dans l'Eglise, suivant le droit canon, rétablissent le droit en évitant l'arbitraire, le médiatique, le sensationnalisme. D'où l'urgence de formation en droit canon non seulement pour les prêtres mais aussi pour les laïcs au service de l'Eglise. 

Jeudi 17 Octobre 2013
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