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Choisir une communauté aujourd'hui ? 5) l'antijuridisme dans certaines communautés



Choisir une communauté aujourd'hui ? 5) l'antijuridisme dans certaines communautés
Lorsque le bienheureux Jean-Paul II a donné la constitution Apostolique Sacrae Disciplinae Leges pour la promulgation du code de droit canon de 1986, il a d’emblée cerné le cœur du problème en précisant la nature du code de droit canonique : «  Il se pose une seconde question à propos de la nature même du Code de Droit canonique. Pour bien répondre à cette demande, il faut remonter en esprit à l’héritage lointain du droit contenu dans les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament d’où provient comme sa source première, toute la tradition juridico-législative de l’Eglise ».[[1]]

Dans la suite du texte, nous pouvons remarquer une réponse implicite à l’anti-juridisme dans l’Eglise dont nous allons essayer de cerner les contours a contrario : Jean-Paul II précise donc : «  Le Christ Seigneur en effet n’a pas du tout voulu détruire l’antique héritage de la Loi et des Prophètes(…). » L’insistance de ce «  n’a pas du tout » donne un coup de barre inverse à la proclamation d’une nouvelle ère ecclésiale dont l’enracinement biblique ne serait que spiritualiste au détriment de l’ordre et de la discipline. Déjà, ces mots «  ordre » et «  discipline » sont connotés de façon négative par des courants qui nous ont habitués à les entendre comme «  brimade » et «  rigidité ».


[[1]] Jean-Paul II, Const. Ap. Sacrae Disciplinae Leges, p 9, 25 janvier 1983, traduction française dans l’édition Gratianus du Code de Droit Canon. Il est à noter que la traduction française n’est toujours pas disponible sur le site du Vatican et reste introuvable sur internet ! Signe que l’on considère le droit canon comme réservé à une élite et encore inaccessible au Peuple de Dieu ? 


1) Une atteinte au canon 221 sur le droit des Fidèles.


Cette tentation spiritualiste sur laquelle nous reviendrons est à la fois contemporaine et ancienne. A notre époque, elle est à la base d’un rejet latent du droit ecclésial, rejet qui peut aussi être conscient : on peut se poser la question de la manipulation spiritualiste pour affaiblir ou contourner les garde-fous posés par le droit. Qui aujourd’hui dirait de contourner ou négliger comme insignifiants les Droits de l’Homme serait démasqué comme en tyran en puissance. Or, cette attitude existe dans l’Eglise sous la forme de l’antijuridisme- au nom d’un spiritualisme désincarné et utopiste- qui amoindrit les droits des Fidèles. En soi, il s’agit d’une atteinte au canon 221.
 Can 221-- § 1. Il appartient aux fidèles de revendiquer légitimement les droits dont ils jouissent dans l’Eglise et de les défendre devant le for ecclésiastique compétent, selon le droit.

Parlant de Saint Paul, Jean-Paul II continue le raisonnement en défendant la notion de discipline dans l’Eglise : «  C’est pourquoi, bien que Saint Paul, quand il explique le mystère pascal, enseigne que la justification ne s’obtient pas par les œuvres de la loi, mais par la foi, il n’annule pas pour autant le caractère obligatoire du décalogue, et ne nie pas non plus l’importance de la discipline dans l’Eglise de Dieu. ( Cf 1 Co, chap 5 et 6) . »[[1]]url:#_ftn1


[[1]]Idem. Op. cit. p 9


Ignorance du droit canon = plus de risques sectaires

Cette «  importance de la discipline », langage rendu fort impopulaire, n’a pour but que de protéger les droits des Fidèles. En amoindrissant la connaissance de ces droits par les Fidèles, et la connaissance non moins primordiale du fait qu’il leur revient de se défendre «  devant le for ecclésiastique compétent », on atteint profondément l’ensemble de la vie ecclésiale. Voilà pourquoi Jean-Paul II lie ensemble héritage juridico-législatif (un héritage positif car biblique et ancré dans la tradition!), ordre et vie ecclésiale :
« Il faut regarder le Code en tant que document législatif principal de l’Eglise, fondé sur l’héritage juridico-législatif de la révélation et de la Tradition, comme un instrument indispensable pour assurer l’ordre aussi bien dans la vie individuelle et sociale que dans l’activité de l’Eglise elle-même. »[[1]]
Les courants d’opinions extérieurs à l’Eglise, largement inspirés de l’air du temps mais aussi constitués de réactions saines aux abus, ignorent parfois jusqu’à l’existence du Code de droit canon, d’où la confusion avec les sectes et l’imaginaire populaire pense que l’Eglise est gouvernée à l’arbitraire. Cet arbitraire peut se nourrir de courants théologiques récurrents, l’un d’entre eux, de plus en plus dénoncé, est le «  spiritualisme ».


[[1]]url:#_ftnref1 Idem, op.cit . p 9


1) Le spiritualisme utopique anarchiste.


Cette expression «  choc » n’est pas de nous ! Elle provient d’une analyse du pape Benoît XVI parlant d’un groupe dont la ressemblance avec d’autres groupes contemporains n’a rien de fortuit dans l’esprit du pape Benoît :
« Ce groupe affirmait que l'Eglise avait désormais épuisé son rôle historique, et était remplacée par une communauté charismatique d'hommes libres, guidés intérieurement par l'Esprit, c'est-à-dire les "Franciscains spirituels". A la base des idées de ce groupe, il y avait les écrits d'un abbé cistercien, Joachim de Flore, mort en 1202. Dans ses œuvres, il affirmait l'existence d'un rythme trinitaire de l'histoire. Il considérait l'Ancien Testament comme l'ère du Père, suivie par le temps du Fils et le temps de l'Eglise. »[[1]]  Nous soulignons dans le passage plus long ci-dessous quelques caractéristiques de l’anti-juridisme spiritualiste.


[[1]] « Comme je le disais déjà, saint Bonaventure a eu, entre autres mérites, celui d'interpréter de façon authentique et fidèle la figure de saint François d'Assise, qu'il a vénéré et étudié avec un grand amour. De façon particulière, à l'époque de saint Bonaventure, un courant de Frères mineurs, dits "spirituels", soutenait qu'avec saint François avait été inaugurée une phase entièrement nouvelle de l'histoire, et que serait apparu l'"Evangile éternel", dont parle l'Apocalypse, qui remplaçait le Nouveau Testament. Ce groupe affirmait que l'Eglise avait désormais épuisé son rôle historique, et était remplacée par une communauté charismatique d'hommes libres, guidés intérieurement par l'Esprit, c'est-à-dire les "Franciscains spirituels". A la base des idées de ce groupe, il y avait les écrits d'un abbé cistercien, Joachim de Flore, mort en 1202. Dans ses œuvres, il affirmait l'existence d'un rythme trinitaire de l'histoire. Il considérait l'Ancien Testament comme l'ère du Père, suivie par le temps du Fils et le temps de l'Eglise. Il fallait encore attendre la troisième ère, celle de l'Esprit Saint. Toute cette histoire devait être interprétée comme une histoire de progrèsde la sévérité de l'Ancien Testament à la liberté relative du temps du Fils, dans l'Eglise, jusqu'à la pleine liberté des Fils de Dieu au cours du temps de l'Esprit Saint, qui devait être également, enfin, le temps de la paix entre les hommes, de la réconciliation des peuples et des religions. Joachim de Flore avait suscité l'espérance que le début du temps nouveau aurait dérivé d'un nouveau monachisme. Il est donc compréhensible qu'un groupe de franciscains pensait reconnaître chez saint François d'Assise l'initiateur du temps nouveau et dans son Ordre la communauté de la période nouvelle - la communauté du temps de l'Esprit Saint, qui laissait derrière elle l'Eglise hiérarchique, pour commencer la nouvelle Eglise de l'Esprit, qui n'était plus liée aux anciennes structures.(...) »


Choisir une communauté aujourd'hui ? 5) l'antijuridisme dans certaines communautés
Rien de nouveau sous le soleil ! Il suffirait de lire les «  propos de vie » de bien des communautés récentes pour retrouver les caractéristiques de cet anti-juridisme spiritualiste. Notons que l’aspect charismatique  ( «  Nous avons l’Esprit Saint ») n’est pas le critère de discernement mais l’utilisation récurrente du thème de l’ère nouvelle «  qui n’est plus liée aux anciennes structures », qui n’est plus dans l’Eglise. Le pape Benoît continue en élargissant son analyse au Concile Vatican II en équilibrant nouveauté du Concile et continuité :
« Saint Bonaventure nous enseigne l'ensemble du discernement nécessaire, même sévère, du réalisme sobre et de l'ouverture à de nouveaux charismes donnés par le Christ, dans l'Esprit Saint, à son Eglise. Et alors que se répète cette idée du déclin, il y a également l'autre idée, cet "utopisme spiritualiste", qui se répète. Nous savons, en effet, qu'après le Concile Vatican II  , certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise préconciliaire était finie et que nous en aurions eu une autre, totalement "autre". Un utopisme anarchique! Et grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le Pape Paul VI et le Pape Jean-Paul II, d'une part ont défendu la nouveauté du Concile et, de l'autre, dans le même temps, ils ont défendu l'unicité et la continuité de l'Eglise, qui est toujours une Eglise de pécheurs et toujours un lieu de Grâce. »[[1]]
 
Or le code de droit canon a un lien intrinsèque profond avec le Concile dont il est à la fois le «  dernier texte », et une application concrète. L’antijuridisme spiritualiste tendra donc à empêcher l’application concrète de Vatican II :
«  Le code prend cet aspect de complémentarité par rapport à l’enseignement du Concile Vatican II et en particulier par rapport aux deux Constitutions, la Constitution dogmatique Lumen Gentium et la Constitution pastorale Gaudium et Spes . Il en résulte que ce qui constitue la nouveauté essentielle du Concile Vatican II, dans la continuité avec la tradition législative de l’Eglise, surtout en ce qui concerne l’ecclesiologie, constitue également la nouveauté du nouveau code . »[[2]]

Lions maintenant la tendance anti-juridique spiritualiste qui proclame une ère nouvelle débarrassée des structures, de l’ordre, de la discipline, des normes juridiques : on obtient la possibilité, fondée sur une prétention à la nouveauté, de se passer d’appliquer le concile réel. On obtient le concile virtuel…On obtient aussi des structures ecclésiales instables, car l’ecclésiologie mise en œuvre n’est plus celle de Vatican II, ecclésiologie dont la mise en œuvre passe justement par le code qui en est issu, mais une ecclésiologie spiritualiste, utopie anarchiste…Notons que la nouveauté est précisément…dans Vatican II et dans le code ! Dans les manifestations concrètes sur le terrain «  canonique » de l’antijuridisme, on peut s’interroger sur les statuts d’associations et de communautés qui ne respectent pas le droit canon, précisément dans les définitions ecclésiologiques de rapports entre les fidèles, les laïcs, les religieux, le sacerdoce. Il ne s’agit pas de sensibilités uniquement «  charismatiques », mais de l’expression de la nouveauté qui recouvre en réalité des erreurs ou des abus dont les prototypes sont bien connus dans l’histoire de l’Eglise. L’exemple donné par Benoît XVI avec Joachim de Flore, et le discernement opéré par saint Bonaventure n’est pas là pour empêcher la nouveauté mais plutôt pour limiter les contrefaçons  dangereuses de la véritable nouveauté. Il nous semble que l’antijuridisme sert de cheval de Troie à une utilisation intéressée des structures ecclésiales : les abus constatés dans les domaines financiers, les scandales à des niveaux de responsabilités élevés ( fondateurs, mais aussi membres de la hiérarchie) sont rendus possibles par le détournement des structures à des fins personnelles. Dans les réformes des communautés touchées par les scandales, on constate une mise en application de ce droit par le biais de la consultation et de la mise en chantier d’élaboration de statuts véritablement ecclésiaux, processus qui demande aux communautés concernées un énorme travail car tout est en réalité à faire dans la prise de conscience des droits dont disposent les personnes.[[1]]
 


[[2]] Jean-Paul II, op. cit. p 11
[[1]] L’exemple emblématique des Légionnaires du Christ montre la nouveauté de l’introduction du droit le plus élémentaire dans une structure qui avait été conçue à des fins personnelles : quelles que soient la médiatisation et les nombreuses questions soulevées à chaque étape qui ne sont pas notre propos ici, force est de constater que l’Eglise, par l’intermédiaire de la structure d’accompagnement ecclésial menée par le commissaire pontifical  Velasio de Paolis, fait sortir les membres du Regnum Christi de l’impossibilité où ils étaient de s’impliquer dans la structuration de leur communauté selon le droit.
 http://www.regnumchristi.fr/articles/communique-des-gouvernements-generaux-de-regnum-christi-et-de-la-legion-du-christ
 




 

Mardi 6 Août 2013
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