Les vertus dans le discernement vocationnel



La prudence et la patience, pour une plus grande force d'âme

L'Eglise, à travers le synode pour les jeunes, offre ses trésors de discernement vocationnel. Les vertus sont des gemmes précieuses à une époque où le tout psychologique entraîne une sorte de fatalisme : l'immaturité, cause de tous les échecs, serait pour beaucoup insurmontable. En réalité, par les vertus, le tempérament, qu'il soit faible ou fort au départ, peut être forgé en caractère. Rien n'est jamais perdu, les vertus et la grâce peuvent transformer une personne et l'aider dans sa vocation. Encore faut-il proposer, en plus des parcours psychologiques, des pratiques vertueuses, des exercices de vertu.

Dans le discernement vocationnel, la prudence aura bien des effets bénéfiques. Elle va 
- éviter le pélagianisme, la recherche vocationnelle à la force du poignet : essayer le plus dur, des Chartreux au Carmel, sans ouvrir son coeur à l'appel intérieur. 
- s'informer : avant de tout essayer, un minimum de formation canonique, de connaissance des très nombreuses possibilités vocationnelles, de lectures théoriques et de lectures de témoignages de vie, de rencontres...
- la formation progressive : il est bien de brûler ses vaisseaux...quand le navire est prêt, pas avant. Donc, prendre un bon accompagnateur spirituel.

Cela nous amène tout naturellement à la vertu de patience.

La patience

La patience en discernement vocationnel est une affaire de temps et d'humilité personnelle. La vocation n'est pas le but, mais le moyen de se sanctifier. L'impatience peut mener au découragement : Dieu ne m'indique rien! En réalité, le travail en profondeur se fait, et quand le temps de Dieu est là, tout se met en place et se connecte, mais il ne faut pas aller plus vite que le pas de Dieu. Facile à dire, pas facile à faire sans patience, et sans amour de la Croix. 

En discernement vocationnel, la patience évitera bien des erreurs et des échecs, en 
- éliminant les mauvais choix avant de les faire... ou pendant qu'il est encore temps, et en permettant des mesures de bon sens : passer des diplômes, un permis de conduire, apprendre un métier 
- en renforçant la confiance en Dieu
- en permettant les bonnes rencontres personnelles et communautaires avec un temps d'observation suffisant
- en retournant les échecs apparents en victoire : dans le discernement vocationnel, tout ne dépend pas de nous, certaines étapes se révéleront avec le temps des protections et des préparations à plus grand.
- en renforçant le sens ecclésial : la lecture des vie de saints montre que les tribulations dans leurs choix vocationnels, épreuves communautaires, péchés des membres de l'Eglise militante, obstacles apparents, les ont toujours menés au coeur de l'Eglise et de la Croix. Donc à la victoire. Pensons aussi que canoniquement, certaines formes vocationnelles mettent des siècles à mûrir, très concrètement, avant d'être reconnues. Inutile alors de se croire en échec personnel : c'est une question de mûrissement ecclésial. ( Voir par exemple la longue histoire des instituts séculiers sur 300 ans);

La tempérance

Cette vertu est un beaume dans le discernement vocationnel : elle permet l'équilibre en tout, dans les choix, dans l'affectivité, dans les relations humaines. Pensons à Thérèse de Lisieux qui évitait de rencontrer trop souvent ses soeurs bien aimées dans son couvent pour ne pas avoir de privilèges affectifs : sa tempérance n'a fait que renforcer son amour. 

En discernement vocationnel, la tempérance permettra
- de mettre une garde affective ( prudence) sans tuer l'affectivité ( tempérance) : la vertu de chasteté dans le discernement vocationnel oriente toutes les facultés vers l'Amour en toute pureté. 
- de choisir une vocation et se s'y tenir : la tempérance permet aussi de ne pas s'imaginer sans cesse que cela serait mieux si on avait la vocation de l'autre
- d'éviter la mondanité : la vocation, quelle qu'elle soit, se change en intempérance par le désir de briller, d'entrer dans un star système, d'être en vue. Plus la tempérance sera grande, moins la mondanité aura de prise, plus la mission pourra se déployer, visiblement ou invisiblement, ou les deux à la fois, que l'on songe à Mère Térésa de Calcutta, qui au sommet de sa vocation visible, vivait la nuit de la foi, c'est-à-dire une tempérance absolue et proportionnelle à sa mission....

La justice

La vertu de justice rendra à chacun ce qui est son dû : une vocation épanouie et heureuse, portant beaucoup de fruits. Dans le discernement vocationnel, la justice s'exerce d'abord envers Dieu, en lui rendant amour pour amour. Sans la Croix, pas de discernement vocationnel. C'est ensuite une justice envers les autres et envers soi : être à sa juste place, pour faire le maximum de bien, et faire confiance à Dieu pour ré-ajuster nos erreurs vocationnelles.

En discernement vocationnel, la vertu de justice permettra
- le bonheur dans la vocation propre
- un profond respect et amour de la vocation de l'autre, et donc un soutien de toutes les vocations entre elles. La vertu de justice ne permet pas les luttes intestines, les petites chapelles, les dénigrements internes...elle développe l'entraide intervocationnelle et interdit le " recrutement" abusif, au détriment de la juste et légitime vocation de l'autre. Pensons aux saints qui envoyaient autant de vocations au mariage, ou au célibat, dans leur famille spirituelle ou dans celle des autres, à l'image du bienheureux Alvaro del Portillo par exemple.
- La vertu de justice, en discernement vocationnel, développe au plus haut point la Miséricorde : pas de jugement des personnes, mais toujours un immense respect de la vocation profonde de ces mêmes personnes qui est toujours possible par la conversion du coeur et l'amour. Dieu peut refaire le vase qui avait été brisé jusqu'à ce qu'il soit parfait entre ses mains.

Mardi 25 Septembre 2018
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