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Thérèse de Lisieux et les prêtres (2).

"Travaillons ensemble au salut des âmes"
et un peu plus loin dans la même lettre ( LT 226), Thérèse continue de développer ce grand désir apostolique et de l’expliquer au père Adolphe Roulland :


 

 

" En attendant cette bienheureuse éternité, qui dans peu de temps s’ouvrira pour nous, puisque la vie n’est qu’un jour, travaillons ensemble au salut des âmes ; moi, je puis faire bien peu de choses, ou plutôt absolument rien si j’étais seule, ce qui me console, c’est qu’à vos côtés je puis servir à quelque chose ; en effet, le zéro par lui-même n’a pas de valeur, mais placé près de l’unité il devient puissant, pourvu toutefois qu’il se mette du bon côté, après et non pas avant ! C’est bien là que Jésus m’a placée et j’espère y rester toujours, en vous suivant de loin, par la prière et le sacrifice. (…) Je vous prie donc, mon frère, de bien vouloir envoyer votre bénédiction au petit zéro que le Bon Dieu a placé près de vous." ( LT 226)

Dans sa lettre du 1er Novembre 1896, Thérèse avait déjà décrit au père Roulland cette union apostolique :

" Vous me promettez, mon frère, de continuer chaque matin de dire au Saint Autel : " Mon Dieu, embraser ma soeur de votre amour", je vous en suis profondément reconnaissante et je n’ai pas de peine à vous assurer que vos conditions sont et seront toujours acceptées. [1] Tout ce que je demande à Jésus pour moi, je le demande aussi pour vous ; lorsque j’offre mon faible amour au Bien-aimé, je me permets d’offrir le vôtre en même temps. Comme Josué, vous combattez dans la plaine, moi je suis votre petit Moïse, et sans cesse mon coeur est élévé vers le Ciel pour obtenir la victoire. O mon frère, que vous seriez à plaindre si Jésus lui-même ne soutenait les bras de votre Moïse ! …mais avec le secours de la prière que tous les jours vous adressez pour moi au Divin Prisonnier d’amour, j’espère que vous ne serez jamais à plaindre, et qu’avec cette vie pendant laquelle nous aurons ensemble semé dans les larmes, nous nous retrouverons joyeux portant des gerbes en nos mains. " ( LT 201)

La même note d’union apostolique est développée dans la Lettre de Thérèse de Lisieux au Père Roulland, missionnaire(2)

Apostolat de la prière et sacerdoce : " vous êtes mes Moïse priant sur la montagne"

Dans une lettre du 15 Aout 1892, quelques années auparavant, Thérèse avait déjà expliqué à Céline cette métaphore de Moïse qu’elle a eu la joie de voir se concrétiser avec ses " frères prêtres" adoptifs.

" Dernièrement il m’est venu une pensée que j’ai besoin de dire à ma Céline. C’est un jour que je pensais à ce que je pouvais faire pour sauver les âmes, une paroles de l’Evangile m’a montré une vive lumière. Autrefois, Jésus disait à ses disciples en leur montrant les champs de blés murs : " levez les yeux et voyez comme les campagnes sont déjà assez blanches pour être moissonnées", et un peu plus tard : " A la vérité, la moisson est abondante mais le nombre des ouvriers est petit ; demandez donc au maître de la moisson qu’Il envoie des ouvriers. " Quel mystère !… Jésus n’est-Il pas tout-puissant ? Les créatures ne sont-elles pas à celui qui les a faites ? Pourquoi Jésus dit-Il donc : " Demandez au maître de la moisson qu’Il envoie des ouvriers" ? Pourquoi ?…Ah, c’est que Jésus a pour nous un amour si incompréhensible qu’Il veut que nous ayons part avec Lui au salut des âmes. Il ne veut rien faire sans nous. Le créateur de l’univers attend la prière d’une pauvre petite âme pour sauver les autres âmes rachetées comme elle au prix de tout son sang. Notre vocation à nous, ce n’est pas d’aller moissonner dans les champs de blés mûrs. Jésus ne nous dit pas : " Baissez les yeux, regardez les campagnes et allez les moissonner. " Notre mission est encore plus sublime. Voici les paroles de notre Jésus : " Levez les yeux et voyez". Voyez comme dans mon Ciel il y a des places vides, c’est à vous de les remplir, vous êtes mes Moïse priant sur la montagne, demandez-moi des ouvriers et j’en enverrai, je n’attends qu’une prière, un soupir de votre coeur !… L’apostolat de la prière n’est-il pas pour ainsi dire plus élevé que celui de la Parole ? Notre mission comme Carmélites est de former des ouvriers évangéliques qui sauveront des milliers d’âmes dont nous serons les mères…Céline, si ce n’était pas les paroles mêmes de notre Jésus, qui oserait y croire ?…je trouve que notre part est bien belle, qu’avons nous à envier aux prêtres ?…Que je voudrais pouvoir te dire tout ce que je pense mais le temps me manque, comprends tout ce que je ne puis t’écrire !…" ( LT 135)

La Vocation de l’Amour

Ainsi, Thérèse qui comprend en profondeur la vocation des prêtres se fait l’apôtre des apôtres par l’apostolat de la prière. L’image de Moïse priant sur la montagne, de Thérèse priant sur la montagne du Carmel pour les prêtres, montre l’union de son sacerdoce commun baptismal avec le sacerdoce ministériel. C’est le célèbre texte du manuscrit B :

« Je sens en moi la vocation de Prêtre, avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du ciel. Avec quel amour je te donnerais aux âmes ». (Ms B, 2 v° septembre 1896)

Dans ce texte, Thérèse évolue vers un amour plus large, plus grand encore, il ne s’agit plus d’envier une vocation mais de les vivre toutes dans l’amour :

" Etre ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi la mère des âmes, devrait me suffire…Il n’en est pas ainsi…Sans doute, ces trois privilèges sont bien ma vocation, Carmélite, Epouse et Mère, cependant, je sens en moi d’autres vocations, je me sens la vocation de Guerrier, de Prêtre, d’Apôtre, de Docteur, de Martyr, enfin, je sens le besoin, le désir d’accomplir pour toi Jésus, toutes les oeuvres les plus héroïques…Je sens en mon âme le courage d’un Croisé, d’un Zouave Pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Eglise… Je sens en moi la vocation de Prêtre, avec quel amour, ô Jésus, je te porterais dans mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du ciel. Avec quel amour je te donnerais aux âmes !…Mais hélas ! Tout en désirant d’être Prêtre, j’admire et j’envie l’humilité de Saint François d’Assise et je me sens la vocation de l’imiter en refusant la sublime dignité du Sacerdoce. O Jésus ! Mon amour, ma vie…comment allier ces contrastes ? Comment réaliser les désirs de ma pauvre petite âme ?…"

Tel un appel aux prêtres et à chacun, l’hymne à l’amour de Thérèse se continue et nous encourage :

" Je compris que l’amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang…Je compris que l’Amour renfermait toutes les Vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux…en un mot, qu’il est Eternel !… Alors, dans l’excès de ma joie délirante je me suis écriée : O Jésus mon Amour…ma vocation enfin, je l’ai trouvée, ma vocation c’est l’Amour !… Oui, j’ai trouvé ma place, dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu, c’est Vous qui me l’avez donnée…Dans le Coeur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour…ainsi je serai tout…Ainsi mon rêve sera réalisé !!! Pourquoi parler d’une joie délirante, non cette expression n’est pas juste, c’est plutôt la paix calme et sereine du navigateur apercevant le phare qui doit le conduire au port…O Phare lumineux de l’amour, je sais comment arriver jusqu’à toi, j’ai trouvé le secret de m’approprier ta flamme." ( Ms B, 3 V°)

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Notes

[1] Pendant la traversée, en septembre 1896, le P. Roulland avait lu un cahier de poésies composées par Thérèse. Il lui écrit à ce propos : " Je vous en prie, ma soeur, déposez souvent aux pieds de Jésus, au nom de votre frère, quelques uns des sentiments qui embrasent votre coeur : " A cette condition je continuerai de dire tous les matins " Mon Dieu, embrasez ma soeur de votre amour""


Samedi 27 Février 2010
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