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Comment l’Eglise voit le rôle de Marie, conclusion du parcours


 

suite à Marie, consentement d’amour : vers l’Assomption . P. Bonnet

Marie, coopératrice éminente et singulière pour le salut de chaque personne (Rédemption subjective)

Le salut des hommes après la Rédemption objective

Nous ne pouvons aborder dans notre propos le cas des hommes, dont la vie entière s’est déroulée avant la mort et la Résurrection glorieuse du Christ. Nous ne traitons ici que des hommes vivant depuis la Pentecôte. Avant de remonter vers son Père, le Christ a institué son Eglise et donné mission au collège apostolique, dirigé par Pierre, d’enseigner toutes les nations et de baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. A ces apôtres, fragilisés par leur attitude au moment de l’arrestation du Maître, Celui-ci a promis l’envoi du Paraclet « qui vous enseignera et qui vous remettre dans l’esprit tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25). Le véhicule de l’évangélisation, c’est donc bien l’Eglise, sanctifiée par l’Esprit, et la tête de l’Eglise c’est le Christ, dont la promesse est claire : « Pour moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).
 
On sait ce qu’il est advenu ; Luc, dans les Actes des Apôtres, nous décrit les débuts difficiles mais la croissance irréversible de cette Eglise : il n’a mentionné le nom de Marie, mère de Jésus, que pour signaler qu’elle est unie dans la prière avec les Apôtres et les saintes femmes au Cénacle de l’Ascension à la Pentecôte. Quant à Paul, sa seule allusion, implicite, est dans son affirmation que le Christ est né d’une femme ! Il est donc légitime de nous interroger sur le rôle de Marie dans la Rédemption subjective, puisque le Nouveau Testament ne peut guère nous éclairer, si ce n’est dans le chapitre 12 de l’Apocalypse de saint Jean. Les commentateurs de l’Apocalypse ont tous vu dans la « Femme, revêtue du soleil », la Vierge Marie… et l’Eglise. Comme l’histoire du salut des hommes est liée à l’histoire de l’Eglise, nous allons nous pencher sur la manière dont l’Eglise voit le rôle de Marie.
 

Une tradition permanente de dévotion mariale

 

Un premier élément qui ne peut manquer d’impressionner l’historien, c’est la permanence et l’importance de la dévotion mariale, qui se manifeste aussi bien dans la liturgie (lex orandi, lex credendi) que dans la piété populaire, les processions, les pèlerinages ; aussi bien dans la construction des cathédrales, églises et sanctuaires dédiés à la Vierge, que dans les apparitions dûment authentifiées par l’Eglise. La pratique de la récitation du rosaire, recommandée par tous les papes du XXe siècle en est une illustration. Or le cœur de cette dévotion est la demande de grâces spirituelles, celles qui visent à favoriser le salut de chacun. Tout en canalisant la piété populaire, l’Eglise avec son autorité magistérielle a toujours encouragé et stimulé cette dévotion mariale, sachant bien que l’amour de Marie n’entre pas en concurrence avec l’adoration des trois personnes de la Trinité, mais au contraire y conduit ! Marie nous mène à Jésus – qui voit Jésus voit le Père – quant à l’Esprit, selon la belle expression de saint Louis-Marie Grignon de Montfort, « quand Il voit Marie dans le cœur d’un homme, Il s’y précipite » pour le faire crier « Abba, Père ». Il y a un enchaînement qui mène de la dévotion mariale à l’adoration trinitaire.
 

La haine vigilante de Satan envers la femme

 

Un autre indice de l’importance de Marie dans notre salut est la permanence de la haine de Satan envers la Femme, envers toutes les femmes. La femme est qui donne la vie, ce qui n’est pas permis à la nature angélique. Celui qui a refusé dès le début le plan divin a immédiatement haï le sexe féminin. C’est à Eve que le serpent s’est adressé pour faire chuter nos premiers parents, et Dieu, dans son amour miséricordieux, a somptueusement restauré le rôle de la femme en faisant de Marie la Mère du Sauveur, et nous l’avons vu, l’éminente coopératrice de la Rédemption objective. La persévérance de Satan, à la fois contre la femme et la dévotion mariale est un indice, pour nous, de l’importance du rôle de Marie et des femmes en général dans l’histoire du salut de l’humanité. Cette haine est multiforme et particulièrement exacerbée en cette fin du 2e millénaire. Sans être exhaustif, on peut mentionner les campagnes contre la contraception et l’avortement au nom d’une prétendue libération de la femme, discrédit jeté sur la virginité des jeunes filles, le célibat consacré, le rôle d’épouse, et par ailleurs, la promotion de l’homosexualité, de la pornographie, d’une certaine mode qui avilit la dignité féminine. Par ailleurs, il n’a pas manqué à une époque de clercs, d’intellectuels chrétiens, de théologiens pour s’attaquer à Marie et présenter le culte marial comme une survivance d’un passé…dépassé. Tout cela porte la marque de celui qui est « mendax et homicido ab intio » et ne peut que nous inciter à approfondir notre réflexion sur le rôle de Marie.
 

Du parallèle Eve-Marie au Parallèle Marie-Eglise

 

Ce qui est certain, c’est que l’Eglise a reconnu très vite l’importance de Marie dans l’histoire du salut, mais il y a eu une évolution et une amplification, ce que montre très bien le livre du père Coathalem sur le parallélisme entre la Sainte Vierge et l’Eglise dans la tradition latine jusqu’à la fin du XIIe siècle. [1] Marie en quelque sorte a connu sa vie cachée selon un dessein de la Sagesse providentielle.

Si les premiers auteurs voient surtout en Marie la nouvelle Eve et son rôle dans la Rédemption objective, peu à peu l’horizon s’élargit et s’y surimpose le parallèle Marie-Eglise et donc le rôle de la Vierge médiatrice : au XIIe siècle cette affirmation est explicite. Il est dit dans l’évangile que le Christ est la source d’eau vive et en saint Paul que l’Eglise en est le réceptable. Saint Bernard de Clairveau va montrer que Marie est l’aqueduc qui unit la source au réservoir. Après lui, le développement de cette idée sera constant, par l’utilisation d’autres analogies, celle par exemple du cou mystique qui unit le corps mystique (l’Eglise) à sa tête (le Christ).

Cette vision très ecclésiologique du rôle de Marie s’est estompée probablement au moment de la montée du nominalisme avec le risque très net d’une dévotion mariale limitée aux individus, comme un cœur à cœur intime, certes respectable mais risquant d’occulter le rôle de Marie à la tête de l’Eglise ( sans jamais prendre la place de son Fils mais en corrélation) dans l’économie générale du salut. On comprend pourquoi le concile a voulu que le chapitre sur Marie fasse partie de la constitution dogmatique de l’Eglise et en soit le bouquet final. Paul VI en proclamant Marie Mère de l’Eglise a achevé de boucler la boucle. C’est dans la même perspective que se situe le très intéressant livre d’Otto Semmelroth, Marie, archétype de l’Eglise. [2] Pour l’auteur, Marie est tout à la fois archétype de l’Eglise rachetée, car elle bénéficie par anticipation et de façon éminente des mérites du Christ, archétype de l’Eglise corédemptrice, archétype de l’Eglise médiatrice du salut.
 

La maternité de Grâce

 

« Unique est notre médiateur » précise Lumen Gentium dès le début du n°50, consacré aux rapports entre l’Eglise et la Vierge Marie. Mais la suite du texte explique que le rôle maternel de la Vierge, qui ne naît pas d’une nécessité mais découle de la volonté divine et des mérites du Christ, « ne diminue en rien cette unique médiation : il en manifeste au contraire la vertu. » Comme elle a été coopératrice dans la Rédemption objective, elle l’est depuis la Pentecôte dans la Rédemption subjective, par son action discrète mais efficace durant son vivant terrestre auprès des Apôtres et « par son intercession répétée qui continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel ». (Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium, n°62)

Ce rôle, elle l’a méritée par son offrande maternelle au pied de la croix, qu’Elle a unie à l’offrande sacerdotale de son Fils, le souverain prêtre. Là où le mérite de son Fils, disent les théologiens, est « de condigno », celui non moins réel de Marie est « de congruo », c’est-à-dire de convenance. C. Dillenschneider, cité par J. Galot, parle même de « superconvenance » pour en souligner le caractère éminent. La distinction des mots concernant le mérite permet de souligner que le mérite de Jésus vient de l’union hypostatique, alors que le mérite de Marie lui vient par grâce divine. Le but de cette distinction dans les termes est donc de souligner que le Christ est par nature le seul Redempteur tandis que le mérite de Marie est par participation [3]

Ce caractère éminent doit être souligné car, comme le dit Lumen gentium à la suite de saint Paul, « l’unique médiation du Christ suscite une coopération variée de la part des créatures » et nous avons tous, à notre modeste mesure, à jouer ce rôle dans la communion des saints pour contribuer au salut de nos frères. Mais le rôle de la Vierge Marie est unique comme il l’a été dans sa coopération à la Rédemption objective. Pleinement rachetée dès sa conception, pleinement coopératrice par son fiat prolongé de l’Annonciation au Calvaire, elle n’est pas seulement l’archétype de l’Eglise, son modèle, elle est la Mère, fonction subordonnée à celle du Christ, mais fonction éminente dans l’économie de la grâce.
 

Un développement doctrinal dans le Magistère

 

Cette fonction éminente, restée cachée dans le Nouveau Testament, n’a pas cessé de se dévoiler par l’action de l’Esprit-Saint au cours des siècles. [4] A notre époque, nous constatons que le combat de l’Eglise et de l’adversaire prend une ampleur toujours plus grande, illustration de la parabole de l’ivraie et du bon grain. La multiplication des apparitions mariales depuis plus d’un siècle et demi (Rue du Bac, 1830) est un signe du rôle éminent que le Seigneur a voulu, dans sa Sagesse éternelle, donner à Marie. Le Magistère, ordinaire et extraordinaire, n’a pas cessé « d’accompagner le mouvement ». Que l’on en juge par la multiplication des actes pontificaux : Définition de l’Immaculée conception par Pie IX (Inefabilis Deus, 1854) Marie médiatrice des Grâces (LEON XIII, Octobris mense, 22 septembre 1891) Marie médiatrice des Grâces (LEON XIII, Fidentem piumque, 20 septembre 1896) Marie médiatrice des Grâces (LEON XIII, Ad diem Illum, 2 février 1904) Assomption de Marie au Ciel (PIE XII, Munificentissimus Deus, 1er novembre 1950) Rédemption de Marie (PIE XII, Fulgens corona, 8 septembre 1953) Marie Reine (PIE XII, Ad Caeli Reginam, 11 octobre 1954) PAUL VI, Christi Mater, 1966 PAUL VI, Signum Magnum, 1967 PAUL VI, Marialis Cultus, 1974 La Bienheureuse Vierge Marie et l’Eglise (Concile Vatican II, Lumen gentium, chapitre 8) JEAN-PAUL II, Redemptoris Mater, 25 mars 1987 et toute la catéchèse de Jean-Paul II déjà citée. (JEAN-PAUL II, Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise, Parole et Silence, 1998)

Ce dernier, dont on connaît l’attachement à toute l’œuvre de saint Louis-Marie Grignon de Montfort a fait lui-même un travail mariologique considérable. C’est en vertu du rôle singulier de Marie dans sa coopération à la Rédemption (9 avril 1997) qu’il invite tous les fidèles à se « tourner avec confiance vers la Vierge Marie en implorant son aide, conscients de son rôle particulier qui lui a été confié par Dieu, le rôle de coopératrice de la Rédemption… »

Dieu nous a aimés le premier mais il appartient à la créature de répondre pleinement à cet Amour. Marie, qui proclame que Dieu s’est penché sur son humble condition de servante, qui l’a laissé faire en Elle des merveilles, a mérité cette Maternité de Grâce, que Dieu lui a conféré sans y mettre de limite : Jésus ne refuse rien à sa Mère, parce que sa Mère ne lui a jamais rien refusé.
 

CONCLUSION DU PARCOURS

 

Arrivé au terme de ce parcours, on peut affirmer que la proclamation par Paul VI de Marie, Mère de l’Eglise a ouvert la voie à une nouvelle définition dogmatique. Celle-ci pourrait prendre corps autour de la notion de la Maternité spirituelle de Marie envers l’Eglise. La Theotokos acclamée à Ephèse a toutes les raisons théologiques d’endosser une Maternité spirituelle. La Trinité sainte l’a voulue Immaculée, ce qui en fait pour l’Eglise une icône toute pure. Elle l’a voulue coopératrice éminente et unique de l’œuvre rédemptrice de son Fils, du fiat de l’Annonciation au fiat du Calvaire. Elle lui a confié l’Eglise commençante et, l’ayant couronnée au Ciel, lui a donné le privilège d’être la dispensatrice des Grâces, puisées dans le cœur sacré de son Fils, et l’avocate incessante des pauvres pécheurs.

Le développement dogmatique des trente dernières années a approfondi le rôle de Marie dans le sens désiré par le Concile Vatican II, et Jean-Paul II y a lui-même largement contribué. L’argument, avançant qu’une telle définition compromettrait le dialogue œcuménique nous paraît éloigné de l’œcuménisme vrai, qui ne peut aboutir que dans une tension unanime de recherche de la vérité. Vox populi, vox Dei, le réveil de la dévotion populaire chez certains frères séparés – les anglicans par exemple – montre qu’il est utile de mettre, dans ces derniers temps, l’accent sur le rôle de Marie dans l’économie du salut.

La lecture d’un essai, datant de 1966, Le Cœur de Marie, Cœur de l’Eglise, nous donne à penser que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie peut fructueusement se vivre comme un profond amour de l’Eglise. [5] Marie est en quelque sorte le Cœur de l’Eglise, Jésus en étant la Tête, et cette dévotion peut être couplée à la dévotion au Cœur sacré de Jésus, puisque c’est dans le cœur de son Fils, que Marie puise pour l’Eglise et pour les pécheurs qui habitent cette terre, toutes les grâces nécessaires au salut de l’humanité.

Père Y.Bonnet

BIBLIOGRAPHIE

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Notes

[1] (H.COATHALEM, Le parallélisme entre Marie et l’Eglise, Rome, Anelecta Gregoriana, 1954).

[2] (O.SEMMELROTH, Marie, archétype de l’Eglise, Paris, Fleurus, 1965).

[3] (J. GALOT, Marie corédemptrice, controverses et problèmes doctrinaux, « Esprit et Vie », 15, 1995.

[4] (Mgr C. MOLETTE, Marie, mémoire de l’Eglise, Paris, Cerf, 1989).

[5] (B. de MARGERIE sj, Le Cœur de Marie, Cœur de l’Eglise, Ephemerides Mariologiae, Matriti, 1966).

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Bibliographie

Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium

H.COATHALEM, Le parallélisme entre Marie et l’Eglise, Rome, Anelecta Gregoriana, 1954 J. GALOT, Marie corédemptrice, controverses et problèmes doctrinaux, « Esprit et Vie », 15, 1995 J.M GARRIGUES, Un développement en cours du dogme marial, « Nova et vetera », 1998/3, 36 R. LAURENTIN, Cours traité sur la Vierge Marie, Paris, Lethielleux, 1967.

JEAN-PAUL II, Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise, Parole et Silence, 1998 JEAN-PAUL II, Redemptoris custos, 1989 JEAN-PAUL II, Redemptoris Mater, 1987 LEON XIII, Fidentem Priumque, 1896

B. de MARGERIE sj, Le Cœur de Marie, Cœur de l’Eglise, Ephemerides Mariologiae, Matriti, 1966 M.MIRAVALLE, Maria corredentrice, Mediatrice, avvocata, Queen Ship publishing, Santa Barbara CA, 1993 Mgr C. MOLETTE, Marie, mémoire de l’Eglise, Paris, Cerf, 1989

PIE X, Ad diem Illum, 1904 PIE XII, Haurietis Aquas, 1955 PIE XII, Munificentissimus Deus, 1950

O.SEMMELROTH, Marie, archétype de l’Eglise, Paris, Fleurus, 1965

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Mercredi 21 Avril 2010
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