Qu'est-ce que l'humanisme chrétien?



Le don désintéressé de soi

Qu'est-ce que l'humanisme chrétien?
Il y a presque 10 ans, Yves Semen répondait à cette question dans le cadre des rencontres de l'Académie d'éducation et d'études sociales ( AES). Sa réponse reste bien d'actualité, et nous allons la résumer ici brièvement. 

Yves Semen commençait par donner une définition simple, issue du Concile Vatican II, et dont le fondement est " le don désintéressé de soi". Yves Semen retrace alors l'avis de Saint Jean Paul II sur cette définition : voici un passage que vous trouverez en entier sur le site de l'AES.

Une définition de l'humanisme chrétien par Jean-Paul II

 « Qu’est-ce que l’homme ? Le dernier Concile répond : l’homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne se trouve que dans le don désintéressé de lui-même. Cette réponse, poursuit Jean-Paul II, est la synthèse de la vérité contenue dans l’Évangile, de la vérité qu’ont approfondie et vérifiée les générations de ceux qui ont suivi le Christ dans le cours des siècles » . Et puis, pour terminer : « (le passage final de Gaudium et Spes 24 est) d’une certaine manière la définition de l’homme que nous a léguée le Concile Vatican II ».

Le don total de soi, le don sincère : " sine cera", sans cire, sans masque, non frelaté

Le texte d'Yves Semen poursuit en montrant l'apport de Jean-Paul II au texte cité de Gaudium et Spes et à la définition de l'humanisme chrétien. Montrée ainsi dans sa genèse mouvementée, la définition de l'humanisme chrétien prend corps, et on voit un Karol Wojtila en pleine action, préparant sans le savoir son propre pontificat. 
Le texte d'Yves Semen recèle de vraies pépites, et nous entraîne dans une découverte profonde de chaque terme de la définition citée. Nous ne résistons pas à la tentation de citer ici son commentaire de la traduction du mot " désintéressé" :

« Désintéressé », c’est la traduction officielle française du texte conciliaire qui est due au Cardinal Gabriel-Marie Garonne. On peut dire que c’est une traduction un peu interprétative (traduttore, traditore…). La polyglotte vaticane dans la traduction d’autres occurrences de Gaudium et Spes 24 traduit parfois autrement. Par exemple dans Evangelium Vitae , l’encyclique sur l’Évangile de la vie, il est traduit comme un « don total de soi ».
« Désintéressé », c’est intéressant, si je puis dire, parce que cela souligne la gratuité du don. « Total » est intéressant également parce que cela insiste sur l’absolu du don. Mais si l’on regarde, par exemple dans la Lettre apostolique Familiaris Consortio (au n° 22), quand il y a une référence à Gaudium et Spes, c’est le mot « sincère » qui est employé dans la traduction . D’ailleurs c’est la traduction littérale du texte latin de la Constitution conciliaire Gaudium et Spes (nisi per sincerum sui ipsius donum).

C’est là qu’il y a peut-être intérêt à interroger l’étymologie du mot sincerum. « Sincerum » c’est une étymologie très concrète et très parlante. Cela vient de « sine cera », « sans cire », et cela fait référence au miel qui n’était pas mélangé de cire et qui, par conséquent, était le miel vendu par les marchands intègres par opposition au miel frelaté des marchands indélicats qui le vendaient mélangé avec de la cire d’abeille. Sine cera, c’est la qualité d’un miel non mélangé. Donc dans le mot sincère, dans le sine cera, il y a l’opposition à la tricherie, à la tromperie, à la fausseté. Sincère signifie objectivement la pureté, le vrai, le « non trafiqué », ce qui correspond à la réalité des choses. Et finalement, c’est le sens du mot qui est employé par les commissaires aux comptes lorsqu’ils certifient les comptes d’une entreprise et qu’ils emploient la formule : « comptes certifiés sincères et véritables ». 
Autrement dit : ils correspondent à la réalité des choses, il n’y a pas de tromperie, pas de dissimulation.


Vers l'amour de bienveillance et l'amour sponsal

Yves Semen entraîne ensuite ses lecteurs, à la suite de Saint Jean-Paul II, vers les plus hautes formes de l'amour, base de l'humanisme chrétien. Il introduit la notion d'amour sponsal, néologisme créé par Jean-Paul II: 



 

Troisième forme de l’amour, la bienveillance : vouloir le bien de l’autre. L’amour de « bien-veuillance », qui introduit une orientation altruiste dans l’amour, un centrage sur l’autre. Lorsque la bienveillance est réciproque naît l’amitié. D’ailleurs, on retrouve la définition que donne Aristote de l’amitié au Livre VIII de L’Éthique : un amour de mutuelle bienveillance.

L’amour de bienveillance, l’amour qui consiste à vouloir le bien de l’autre, est-il la forme achevée de l’amour ? Non, dit Karol Wojtyla. Il y a une forme ultime de l’amour qu’il appelle « l’amour sponsal ». Qu’est-ce à dire ? « Sponsal », vient du latin sponsus, l’époux ou sponsa, l’épouse. L’amour sponsal, c’est l’amour propre des époux, autrement dit l’amour des épousailles ou, plus exactement, cette forme de maturité de l’amour qui permet les épousailles. Voilà ce qu’en dit Karol Wotjyla : « L’amour sponsal diffère de tous les autres aspects et formes de l’amour que nous venons d’analyser. Il consiste dans le don de la personne. Son essence est le don de soi-même, de son propre “moi”.


Le prix d'humanisme chrétien

Ceux qui le désirent pourront approfondir le texte d'Yves Semen, véritable introduction aux enjeux de l'humanisme chrétien, sur le site de l'Académie d'éducation et études sociales ( AES) ici.   
Cette même Académie a pour enjeu d'encourager la doctrine sociale de l'Eglise, de la ré-enchanter en donnant accès à une véritable formation, comme nous l'expliquions dans notre article réenchanter la Doctrine sociale de l'Eglise.  


L'Académie s'est donnée pour cela le moyen d'un prix annuel, le prix Humanisme Chrétien, destiné à soutenir des oeuvres correspondant à la définition de l'Humanisme chrétien, don de soi sincère. Vous trouverez ici les lauréats du prix sur les dernières années, une mine de formation chrétienne porteuse d'espérance.
Le prochain thème abordé par l'AES sera le transhumanisme : une idéologie en concurrence directe avec l'humanisme chrétien. 

Pour ceux qui voudraient approfondir la théologie du corps selon Saint Jean-Paul II et dans l'esprit de la définition de l'humanisme chrétien, voici le lien vers l'Institut de Théologie du Corps fondé par Yves Semen. 
Bonne formation!

AC

Mardi 11 Septembre 2018
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