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Montée discrète en puissance d'un réseau créatif.

14) Perspectives de l'après-guerre à nos jours, conclusion de notre parcours sur les catholiques sociaux.



Observations.

ordinations illicites : schisme de Mgr Lefèbvre
ordinations illicites : schisme de Mgr Lefèbvre
Je n'ai pas de documentation sur cette période. Je me bornerai donc à formuler quelques hypothèses en faisant appel à ce que j'ai vécu et observé.
Les catholiques de l'après-guerre ont des attitudes variées face au social. La guerre a politiquement divisé les catholiques de France en trois grands groupes :
-ceux qui ont suivi jusqu'au bout le régime de Vichy.
-ceux qui ont opté pour De Gaulle et...les autres, ( les plus nombreux!), qui ont cherché à survivre, sans trop prendre parti ou en se ralliant au camp des vainqueurs ( ce fut ma nette impression en revenant d'Alger en 1945).

Mais la guerre a doctrinalement divisé les catholiques français en :

-catholiques attirés ( voir fascinés) par le socialisme ( plus ou moins marxistes) et réticents vis-à-vis des analyses, consignes et conseils venant de Rome.
-catholiques opposés au même socialo-marxisme. Ces derniers vont très vite se scinder en différents groupes après le Concile ( et son application en France). On trouvera :

              -des intégristes ( plus ou moins durs)
              -des fidèles à Rome ( des plus traditionnalistes aux plus " aggiornamentistes").
               -des " désorientés" ( qui s'en vont).
               -des " ralliés" à ce qui leur semble la tendance majoritaire ( là où ils sont ?)

Parmi les intégristes, on trouvera les divisions suivantes :
               
            -des extrémistes ( qui souvent quitteront par nature même l'eglise catholique)
                  -des fidèles à leurs vues mais qui restent dans l'Eglise.
                  -des " désorientés" par les excès de leur " camp".
                 -des " ralliés" à ce qui leur semble être la ligne officielle post-conciliaire.

Mais où situer les catholiques sociaux ?

Marcel Clément et Jean-Paul II. Une tentative catholique sociale liée aux communautés nouvelles.
Marcel Clément et Jean-Paul II. Une tentative catholique sociale liée aux communautés nouvelles.
Dans cette pulvérisation de tendances, où les choix sont faits de moins en moins par la raison et de plus en plus par les émotions, émotions violentes dues aux séquelles de la guerre, où et comment se situent les catholiques sociaux ?

1) Il y a clairement ceux qui ont fait un blocage " politico-religieux" socialiste ( Cf la lettre des évêques de France aux catholiques qui ont choisi l'option socialiste). Dans l'immédiat après-guerre, certains ont eu la carte du PC, certains peu nombreux l'ont gardée, d'autres ont été FGDS, PSU avant d'être proches du PS, ou en son sein. Pour eux, catholicisme social implique le choix socialiste, notamment par la collectivisation des moyens de production. Cette tendance sera reprise par de nombreuses " communautés" plus ou moins catholiques, protestantes, qui revendiquent la racine évangélique de la " collectivité" sous sa forme " communautariste". Certaines communautés nouvelles seront issues de ces courants utopistes variées, et il n'est pas rare de retrouver dans ces communautés des " déçus" du socialisme chez lesquels l'utopisme reste diffus.

2) Il y a ceux qui se sont formés et continuent à se former à la Doctrine Sociale de l'Eglise. certains en restent à la théorie, d'autres l'appliquent à leur mesure dans leur environnement. Beaucoup appartiennent à la mouvance " Cité Catholique " ( rue des Renaudes, puis dénommée ICTUS), qui forma de nombreuses personnalités politiques et religieuses, d'autres à la mouvance Marcel Clément, ( chez eux aussi se retrouvent de nombreux membres et fondateurs de communautés nouvelles, notamment les Foyers de Charité), d'autres ne prennent leurs consignes nulle part, lisent le magistère ( et de très diverses publications) et agissent.

3) Il y a la masse importante de ceux qui n'ont aucune formation solide mais l'amour du prochain et agissent  plus souvent dans le caritatif et le service social que dans la préparation des réformes éventuelles, portant sur la législation ou l'organisation de l'entreprise. On y trouve beaucoup d'hommes et de femmes de bonne volonté, mais un peu errants comme des brebis sans bergers!


Et le Clergé, et la hiérarchie dans tout cela?

Mgr Rodhain, fondateur d'oeuvres caritatives dont le Secours Catholique : " nous voulons rendre au monde son âme, une âme de charité".
Mgr Rodhain, fondateur d'oeuvres caritatives dont le Secours Catholique : " nous voulons rendre au monde son âme, une âme de charité".
 Le clergé, engagé dans les mouvements, est en général proche sur le terrain du socialisme, et dans les années soixante, beaucoup vont du marxisme-léninisme pur et dur ou du maoïsme à la sociale-démocratie. C'est le clergé qui oriente la jeunesse ( JOC et JEC), anime les mouvements tels que l'ACO et le MCC, rejette le patronat y compris le patronat chrétien, fait virer la CFTC à la CFDT, critique ouvertement la doctrine sociale de l'Eglise ! Période tourmentée, agravée par l'apparence de laisser-faire que donne la hiérarchie épiscopale. Seule une étude historique approfondie permettrait de voir sur le long terme les réactions face à cette situation qui ont porté du fruit. Peut-être les activités sociales de certaines communautés nouvelles, les associations caritatives portées par des laïcs et des clercs conscients de la situation et oeuvrant dans la discrétion et la fidélité au magistère sont à redécouvrir et approfondir, que l'on songe à l'oeuvre de Mgr Rodhain.
Il crée en effet en lien avec la hiérarchie et à demande de son évêque le Secours catholique, puis Caritas International. On lui doit aussi le concept de la cité Saint Pierre à Lourdes, véritable accueil pour les malades pauvres et par des bénévoles de tous milieux sociaux à Lourdes loin des marchands du temple 4 étoiles!
L'esprit de la Doctrine Sociale de l'Eglise est bel et bien présent malgré les vicissitudes de l'histoire, et depuis la chute des régimes communistes, la constance  de ceux qui ne sont pas tombés dans le piège des idéologies porte ses fruits et montre ses bienfaits. C'est aussi le travail des saints, canonisés ou anonymes, qui reste à découvrir, dans un discernement qui revient à l'Eglise et au temps.

En conclusion : une belle mission qui ne sera jamais facile!

 La tâche des catholiques sociaux fidèles au magistère, a été très difficile. Certains ont continué à agir au sein de la CFTC maintenue ( Tessier, Sauty, etc), certains au sein du CFPC ( patrons mais aussi cadres supérieurs et dirigeants de grandes entreprises), certains ont agi au sein de mouvements non-confessionnels ( CGC, Mouvement Familial, collectivités locales), voire très difficilement au sein de leur formation politique), d'autres enfin simplement dans leur entreprise, leur profession, leurs associations.

Leur influence réelle est difficile à quantifier, car peu visible : on les trouve dans les directions des relations et ressources humaines des entreprises, le conseil en management des hommes, des associations de chefs de personnels, de petits patrons, des mouvements créatifs et innovants pour la construction de logements adaptés pour grands handicapés, l'accueil de mères célibataires, des micro-crédits, des créations d'écoles, des bourses d'étudiants, des syndicats, des observatoires a-politiques de la vie sociale mais agissants dans les collectivités...ils sont donc un levain dans la pâte et pourraient constituer des réseaux en liaison avec des prêtres et des évêques désireux de les soutenir et de leur donner accès aux formations en Doctrine Sociale de l'Eglise qui existent déjà.

Il est clair que les conditions favorables pour une véritable continuation de l'action des catholiques sociaux en France demande :
-une vie spirituelle intense ( Léon Harmel en fut un bel exemple, Ozanam aussi).
-une solide formation doctrinale à la pensée sociale de l'Eglise.
-un soutien et une compréhension accentuée de la part de leur hiérarchie, ainsi que le respect de ce qui revient à chacun : le monde temporel aux laïcs, la foi à la hiérarchie. On assiste à une inversion de la part des laïcs qui gèrent parfois des réalités spirituelles qui n'ont rien à voir avec leur rôle ( certains laïcs dirigent des branches de vie consacrée de communautés nouvelles, les consacré(e)s en question oeuvrant dans des structures à caractère social, on assiste à des confusions des genres). Mais il faut aussi un respect par la hiérarchie de la légitime autonomie du temporel dans les associations de catholiques sociaux, la Doctrine Sociale étant le point de référence et de jonction avec la hiérarchie pour la pensée et l'expérience évangélisatrice, l'évêque et son représentant ecclésiatique au sein des oeuvres catholiques sociales assurant l'unité et la cohésion catholique.

" Tout ce qui n'est pas bâti sur l'Eglise ne peut tenir" : il est fondamental pour l'action catholique de rester d'Eglise, le piège de la perte d'identité catholique se posant tôt ou tard si la structure n'est pas rattachée d'une manière ou d'une autre à la hiérarchie, les possibilités de reconnaissance " canoniques" de structures catholiques permettant une grande souplesse et un respect de l'autonomie désirée tout en gardant le caractère catholique et évangélique de l'oeuvre dans un monde qui tentera toujours de lui faire obstacle, ou si ce n'est pas possible, de l'absorber.

Quoi qu'il en soit, les catholiques sociaux risqueront toujours de passer pour " socialistes" au regard des uns et " libéraux" au regard des autres. L'Eglise ne propose pas une voie toute tracée, une " troisième voie" médiane entre capitalisme libéral et collectivisme socialiste, elle n'est pas affiliée à un parti politique. Elle demande de pratiquer justice et charité, solidarité sans nuire à la liberté, subsidiarité pour donner aux personnes et aux groupes intermédiaires un espace d'initiative et d'autonomie.

Les catholiques sociaux ont une belle mission à accomplir : elle ne sera jamais facile.




Lundi 7 Novembre 2011
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