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Loi naturelle et Doctrine sociale : pour mieux comprendre le Concile.

L’Eglise a-t-elle quelque chance d’être entendue, notamment par ceux qui exercent des responsabilités économiques, sociales ou politiques ? Pour répondre à cette question, il est bon de se former à la doctrine Sociale, laquelle offre des instruments de réflexion et de communication précieux. Le concept de Loi Naturelle est un pont pour se faire entendre.



Constat positif

Loi naturelle et Doctrine sociale : pour mieux comprendre le Concile.
Si l’on se réfère au passé, on peut affirmer que le message a été entendu. Il a parfois provoqué l’irritation, parfois stimulé l’action, et pratiquement toujours retenu l’attention. L’action des catholiques sociaux, luttant pour plus de justice comme nous l’avons montré dans les précédants articles, l’encyclique Rerum Novarum prise comme référence par des syndicats non confessionnels, l’engagement public de nombreux papes, cardinaux, évêques et prêtres, en faveur des plus démunis, tout cela a pesé son poids dans l’évolution de la société moderne. 
 
Mais comme il reste beaucoup à faire, qu’il y a même émergence de nouvelles pauvretés dans les pays développés et que l’écart entre ceux-ci et les pays moins favorisés a encore augmenté, il est capital que ce message de la doctrine sociale de l’Eglise soit toujours mieux connu et davantage mis en application.

Tout le monde est concerné

C’est donc bien aux catholiques de se mettre au travail, de se former dans un premier temps, puis d’apprendre à bien faire comprendre pourquoi cette doctrine sociale concerne tous les hommes et toutes les femmes, quelle que soit leur sensibilité religieuse, enfin de l’appliquer eux-mêmes dans toute la mesure de leurs possibilités d’action.
 

Une sagesse humaine réaliste

Loi naturelle et Doctrine sociale : pour mieux comprendre le Concile.
Mais, si vous le voulez bien, nous examinerons d’abord les raisons qui font que la doctrine sociale de l’Eglise est parfaitement acceptable par l’esprit d’un agnostique ou d’un adepte d’une autre religion que la religion du Christ. La raison est simple, c’est que les fondements de la doctrine sociale de l’Eglise sont non seulement de l’ordre de la Révélation, de la théologie morale, mais également de l’ordre de la loi naturelle et d’une réaliste sagesse humaine. C’est de ce second ordre, que nous allons maintenant parler, avec d’autant plus d’insistance, qu’il semble que beaucoup de chrétiens ignorent de quoi il s’agit, ce qui explique leur timidité à militer pour la doctrine sociale de l’Eglise dans un monde devenu non chrétien. Il s’agit là d’une grave erreur, à laquelle il faut remédier. Nous allons donc essayer de répondre à la question « qu’est-ce que la loi naturelle ? »
 

Qu’est-ce que la loi naturelle ?

La conscience 

L’homme est un être doué de raison et donc capable de discerner ce qui est bon pour lui. Sa volonté a besoin du discernement de cette raison pour l’engager dans la voie du bien et lui interdire la voie du mal. D’où lui vient cette conscience ? Pour nous chrétiens, juifs ou musulmans, cette conscience a été gravée au cœur de chaque homme par le Créateur, qui aimant créature, ne pouvait la jeter dans le monde sans lui faire connaitre le mode d’emploi de sa propre nature d’être humain. Certes, toujours pour nous chrétiens, le péché originel a parfois brouillé les repères et, pour nous aider à les retrouver, Dieu s’est révélé aux hommes, leur a donné dans un premier temps la loi de Moïse, les dix commandements, et dans un deuxième temps la loi d’Amour, qui a accompli la loi de Moïse sans en abolir la moindre parcelle.
 
Un " mode d’emploi" 
 
Mais les non-chrétiens, comme toute personne humaine, ont une conscience, qui leur fait savoir où est le bien et le mal. En outre, l’expérience de la vie, la leur et celle des autres, leur montre bien qu’il y a en quelque sorte un « mode d’emploi » de l’homme, qui celui-ci ne peut pas faire n’importe quoi sans en payer les conséquences. L’histoire de l’humanité constitue d’ailleurs une rallonge de quelques milliers d’années à l’expérience propre de chacun. Les traditions familiales contribuent elles aussi à montrer qu’il existe bien dans l’ordre de la morale comme dans celui de la physique des lois qu’on ne peut transgresser sans dommage. Pour que la société vive dans la paix, il faut donc découvrir par transmission et par expérience ce qu’est cette loi morale naturelle qui permet une vie sociale ordonnée au bien.

Loi naturelle et Doctrine sociale : pour mieux comprendre le Concile.
Transgression et loi de liberté 
 
On voit bien, et l’homme en prend de plus en plus conscience, qu’il existe dans la création, minérale, végétale, animale, un ordre naturel qu’on ne saurait transgresser sans causer à la planète et à ses habitants de graves dommages. Et bien ! il y a en morale, de la même manière, un ordre naturel qui permet à l’homme de se développer harmonieusement dans la société. Cet ordre naturel est régi par ce que l’on nomme précisément la loi naturelle. Le respect de cette loi morale naturelle est profitable à la vie personnelle comme à la vie sociale, la transgression conduit au désordre aussi bien personnel que social. Cette loi est une loi de liberté, puisqu’elle fait appel à la raison humaine pour le discernement, à son libre arbitre pour l’engagement et qu’elle libère l’homme de l’esclavage du mal pour lui permettre un cheminement heureux et digne. 

Certes ce discours, qui est celui de l’Eglise depuis toujours et qui a été rappelé aussi bien au Concile Vatican II [1] que dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique, [2] et dans Gaudium et Spes.  [3]
 
La loi naturelle n’est rien d’autre que la lumière de l’intelligence mise en nous par Dieu ; par elle, nous connaissons ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Cette lumière ou cette loi, Dieu l’a donnée à la création (S. Thomas d’A., dec. præc. 1) Saint Thomas d’Aquin n’est pas vraiment soixanthuitard puisqu’il implique de s’interdire librement certains actes et, vous le savez bien, pour certains de nos contemporains « il est toujours interdit d’interdire et de s’interdire quoi que ce soit. » Pourtant, il est indispensable de transmettre aux jeunes générations ce trésor de la Loi naturelle qui leur permettra de se situer dans le monde contemporain et de dialoguer avec lui sur les bases d'un raisonnement et de valeurs chrétiennes, catholiques...et donc aussi universelles. 
 
Père Y. Bonnet 

Notes
[1] (CONCILE VATICAN II, Gaudium et spes, n°16 : Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son coeur : "Fais ceci, évite cela". Car c’est une loi inscrite par Dieu au coeur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C’est d’une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s’accomplit dans l’amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les personnes et les groupes s’éloignent d’une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité. Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité. Ce que l’on ne peut dire lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu sa conscience presque aveugle.) 
 
[2] (n°1954 et 1955 : 1954 L’homme participe à la sagesse et à la bonté du Créateur qui lui confère la maîtrise de ses actes et la capacité de se gouverner en vue de la vérité et du bien. La loi naturelle exprime le sens moral originel qui permet à l’homme de discerner par la raison ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge : « La loi naturelle est écrite et gravée dans l’âme de tous et de chacun des hommes parce qu’elle est la raison humaine ordonnant de bien faire et interdisant de pécher … Mais cette prescription de la raison humaine ne saurait avoir force de loi, si elle n’était la voix et l’interprète d’une raison plus haute à laquelle notre esprit et notre liberté doivent être soumises (Léon XIII, enc. "Libertas præstantissimum"). » 
 
[3] 1955 La loi "divine et naturelle" (GS 89) montre à l’homme la voie à suivre pour pratiquer le bien et atteindre sa fin. La loi naturelle énonce les préceptes premiers et essentiels qui régissent la vie morale. Elle a pour pivot l’aspiration et la soumission à Dieu, source et juge de tout bien, ainsi que le sens d’autrui comme égal à soi-même. Elle est exposée en ses principaux préceptes dans le Décalogue. Cette loi est dite naturelle non pas en référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la raison qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine : « Où donc ces règles sont-elles inscrites, sinon dans le livre de cette lumière qu’on appelle la Vérité ? C’est là qu’est écrite toute loi juste, c’est de là qu’elle passe dans le coeur de l’homme qui accomplit la justice, non qu’elle émigre en lui, mais elle y pose son empreinte, à la manière d’un sceau qui d’une bague passe à la cire, mais sans quitter la bague (S. Augustin, Trin. 14,15,21). »
 

Mercredi 4 Avril 2012
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