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L’apport de Jean-Paul II. 2

Parcours DSE. P. Y. Bonnet. L’apport de Jean-Paul II. Doctrine sociale de l'Eglise; P. Bonnet

Il n’est pas facile de répondre à cette question de l'apport spécifique de Jean-Paul II car les Papes ont tous le souci extrême de marquer la continuité de leur pensée avec celles de leurs prédécesseurs. En revanche, comme le monde évolue d’une part et que de l’autre, chaque Pape arrive au Siège de Pierre avec un passé, une culture personnelle, une manière d’aborder les problèmes, on peut déceler chez chacun d’eux une attention particulière à tel ou tel problème nouveau et une manière spécifique d’aborder les problèmes, qu’ils soient anciens ou nouveaux. Nous verrons dans cette rubrique l’apport spécifique de Jean-Paul II, en lien avec l’encyclique sociale de son successeur Benoît XVI. Il sera alors aussi important de voir la continuité de pensée et l’enrichissement apporté par Benoît XVI à ce domaine de l’enseignement de l’Eglise que les nouveautés. Beaucoup de journalistes ont commenté l’encyclique Caritas in Veritate comme en rupture avec l’apport de Jean-Paul II et se rapprochant plus de Populorum Progressio dans la ligne de Paul VI. Qu’on nous permette de voir plutôt un double héritage dont il est bon de ne rien perdre !


 

 

La seconde encyclique sociale de Jean-Paul II

Le lien avec l’enseignement de Paul VI

Dans sa seconde encyclique sociale, Sollicitudo Rei Socialis ( SRS 1987), [1] Jean-Paul II constate au numéro 14 que les enseignements de Populorum Progressio ( Paul VI, 1967) sont plus que jamais d’actualité car l’évolution s’est accélérée et que le fossé Nord-Sud s’est creusé.

Destruction de l’esprit d’initiative et ses conséquences au Nord comme au Sud

L’analphabétisme, l’exclusion des niveaux supérieurs d’instruction, les discriminations pour raisons politiques, religieuses ou ethniques sont en extension. ( N°15) L’égalité en dignité est souvent dévoyée en "nivellement vers le bas", passivité, dépendance d’un appareil bureaucratique, destruction de l’esprit d’initiative. L’interdépendance entre pays riches et pays pauvres crée des des difficultés évidemment aux pays pauvres mais également par contre-coup aux pays riches, y favorisant l’émergence d’un quart-monde, mal logé, en état de survie et de précarité.

Investissement et natalité

Les pays endettés, contraints au remboursement, ne peuvent plus investir. ( N°19). Enfin, le problème de la natalité est préoccupant tant au Nord, ( vieillissement de la population) qu’au sud par la manière dont il est traité ( campagnes contre la natalité, financées de l’étranger, et apparentées à un eugénisme raciste) ( N°25)

Pour terminer, Jean-Paul II constate la prise de conscience qui s’est faite, de l’importance du respect du cosmos, du milieu naturel, des ressources renouvelables, de la qualité de la vie dans les zones très industrialisées. ( N° 34)

extrait tiré du texte de l’encyclique : différence entre l’être et l’avoir.

L’encyclique du Pape Paul VI a signalé la différence, si fréquemment accentuée de nos jours, entre l’« avoir » et l’« être », différence exprimée précédemment avec des mots précis par le Concile Vatican au N°II52. « Avoir » des objets et des biens ne perfectionne pas, en soi, le sujet humain si cela ne contribue pas à la maturation et à l’enrichissement de son « être », c’est-à-dire à la réalisation de la vocation humaine en tant que telle.

Certes, la différence entre « être » et « avoir », le danger inhérent à une pure multiplication ou à une pure substitution de choses possédées face à la valeur de l’« être », ne doit pas se transformer nécessairement en une antinomie. L’une des plus grandes injustices du monde contemporain consiste précisément dans le fait qu’il y a relativement peu de personnes qui possèdent beaucoup, tandis que beaucoup ne possèdent presque rien. C’est l’injustice de la mauvaise répartition des biens et des services originairement destinés à tous.

Voici alors le tableau : il y a ceux - le petit nombre possédant beaucoup - qui n’arrivent pas vraiment à « être » parce que, par suite d’un renversement de la hiérarchie des valeurs, ils en sont empêchés par le culte de l’« avoir », et il y a ceux - le plus grand nombre, possédant peu ou rien - qui n’arrivent pas à réaliser leur vocation humaine fondamentale parce qu’ils sont privés des biens élémentaires.

Le mal ne consiste pas dans l’« avoir » en tant que tel mais dans le fait de posséder d’une façon qui ne respecte pas la qualité ni l’ordre des valeurs des biens que l’on a, qualité et ordre des valeurs qui découlent de la subordination des biens et de leur mise à la disposition de l’« être » de l’homme et de sa vraie vocation.

deuxième extrait tiré du texte de l’encyclique : définition par Jean-Paul II de ce qu’est la doctrine Sociale de l’Eglise, ( et de ce qu’elle n’est pas), N°41

La doctrine sociale de l’Eglise n’est pas une « troisième voie » entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. Elle n’est pas non plus une idéologie, mais la formulation précise des résultats d’une réflexion attentive sur les réalités complexes de l’existence de l’homme dans la société et dans le contexte international, à la lumière de la foi et de la tradition ecclésiale. Son but principal èst d’interpréter ces réalités, en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l’enseignement de l’Evangile sur l’homme et sur sa vocation à la fois terrestre et transcendante ; elle a donc pour but d’orienter le comportement chrétien. C’est pourquoi elle n’entre pas dans le domaine de l’idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale.

L’enseignement et la diffusion de la doctrine sociale font partie de la mission d’évangélisation de l’Eglise. Et, s’agissant d’une doctrine destinée à guider la conduite de la personne, elle a pour conséquence l’« engagement pour la justice » de chacun suivant son rôle, sa vocation, sa condition.

L’accomplissement du ministère de l’évangélisation dans le domaine social, qui fait partie de la fonction prophétique de l’Eglise, comprend aussi la dénonciation des maux et des injustices. Mais il convient de souligner que l’annonce est toujours plus importante que la dénonciation, et celle-ci ne peut faire abstraction de celle-là qui lui donne son véritable fondement et la force de la motivation la plus haute.

La semaine prochaine, dans notre rubrique Doctrine sociale de l’Eglise, la troisième encyclique sociale de Jean-Paul II.


Notes

[1] lien vers solicitudo Rei Socialis


Vendredi 5 Mars 2010
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