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Application concrète du principe de subsidiarité : conseils pour le responsable



suite à Autonomie, loi naturelle et principe de subsidiarité

Dans cette partie de notre parcours, nous allons voir quelques éléments de mise en pratique du principe de subsidiarité, à appliquer dans nos cellules familiales, dans nos entreprises, nos paroisses, etc…il s’agit ici de conseils de base, établis à partir de l’expérience concrète. Puisse chacun y trouver une aide concrète !

Quelques conseils pratiques à l’usage des supérieurs…et des subordonnés.

Il est bon maintenant de réfléchir aux conditions, qu’il est nécessaire d’établir, pour pouvoir appliquer le principe de subsidiarité. En effet, beaucoup de chrétiens pressentent bien qu’il est une clef du fonctionnement harmonieux de la société et parallèlement de l’épanouissement de la personnes mais s’ils sont capables de critiquer les dysfonctionnements d’une communauté, dirigée d’une façon autoritaire ou à contrario laxiste, ils ne savent pas toujours pour autant ce qu’il faut faire pour changer les choses quand eux-mêmes sont en charge d’une responsabilité.

Condition n°1 (d’ordre spirituel)

Ces conditions sont relatives au savoir être du responsable lui-même. On ne peut appliquer le principe de subsidiarité sans cultiver humilité, confiance et espérance. Humilité, conscience profonde des limites des mes facultés, conscience profonde que l’autre est porteur de richesses, que je ne soupçonne peut-être pas à cause précisément de mes limites, acceptation du fait qu’il peut faire aussi bien sinon mieux que moi tout en faisant différemment. Confiance, ne pas attendre que l’autre ait « fait ses preuves » pour lui faire confiance. Il faut faire confiance d’emblée quitte à retirer partiellement ou totalement cette confiance si l’autre ne s’en est pas montré digne. Attendre pour « voir » crée en fait un climat de défiance dont on ne sortira plus. Nous verrons plus loin que confiance n’exclut pas prudence. Espérance, en la capacité de l’autre de progresser, de grandir. Pas de fatalisme concernant l’autre. Cet espérance me pousse à exercer l’autorité au sens étymologique du terme sur l’autre, c’est-à-dire à lui rendre le service de le faire grandir (augere – augmenter). L’autorité doit fournir à l’autre une « valeur ajoutée » et c’est l’espérance qui me poussera à le faire.

Condition n°2 (d’ordre moral)

De façon évidente, l’application du principe de subsidiarité est un risque puisqu’elle crée en dessous de moi une autonomie dont je devrai assumer les conséquences. Quand je donne une autonomie à une cellule sociale de rang inférieur, je ne me défausse pas de la responsabilité. Si cela « se passe mal », je ne serai peut-être pas coupable mais resterai responsable.

Assumer un risque demande la vertu de force, en terme plus commun du courage. Mais cela requiert également la vertu de prudence, car le chef doit pouvoir « rattraper » les erreurs éventuelles de ses subordonnés et donc anticiper les conséquences possibles des décisions prises en dessous de lui.Condition n°3 (d’ordre méthodologique)

L’application du principe de subsidiarité requiert de la méthode c’est-à-dire une intelligence pratique, tournée vers la conduite de l’action. L’autonomie n’est pas négation de l’autorité. Elle ne consiste pas à faire ce que l’on veut mais plutôt ce que l’on doit comme on veut. Nous l’avons vu dans l’exemple de l’Eglise qui reconnaît à la société temporelle toute son autonomie mais dans le cadre du respect de la volonté de Dieu et dans ce dernier domaine, l’Eglise affirme son autorité de Mère et Educatrice. De même l’Etat doit favoriser « l’économie d’entreprise » mais créer le cadre législatif duquel se jouera le jeu économique.

Quatre conditions d’ordre méthodologique

La première condition d’ordre méthodologique consiste donc pour le responsable à bien fixer le cadre de cette autonomie c’est-à-dire les limites à ne pas franchir. Paradoxalement (en apparence) l’autonomie implique que l’autorité énonce des interdictions ! Car si ces interdictions sont claires, alors tout est permis sauf la transgression des interdictions. Notons au passage que la Genèse dès ses deux premiers chapitres illustre notre propos. Adam et Eve peuvent manger de tout, sauf des fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Pour nous les domaines d’interdictions seront :

1- les droits fondamentaux de la personne humaine

2- les lois humaines (à condition qu’elles respectent elles-mêmes les lois divines)

3- les règles spécifiques liées au domaine particulier (hygiène, sécurité etc…)

4- les interdits élaborés par le responsable pour protéger sa sécurité personnelle de responsable, à savoir que les erreurs éventuelles de son subordonné ne le mettent pas dans une situation impossible à redresser.

5- les interdits « organisationnels ». (c’est un tel qui fait cela, interdit d’aller marcher sur ses plates-bandes)

La deuxième condition d’ordre méthodologique consiste à clarifier, autant qu’il est nécessaire, la contribution attendue du subordonné au bien commun dont le supérieur a la charge. Le subordonné a une mission à remplir, qui lui est confié par le supérieur. L’autonomie légitime ne consiste pas à se donner soi-même toute sa mission. Au moins une partie de la mission « vient d’en haut ».

La famille elle-même n’est pas libre d’éduquer ou de ne pas éduquer les enfants mis au monde. Elle a le devoir de le faire (ce qui lui crée des droits vis-à-vis de la société) et, de ce fait, la société la reconnaitra responsable, dans les cas graves, des déficiences de cette éducation. Très souvent il y a défaut de clarification de la mission, ce qui peut amener le subordonné soit à faire n’importe quoi, soit à ne rien faire, soit à empiéter sur le domaine de son chef. Notons ici que l’information ne suffit pas, il est indispensable qu’il y ait échange, vérification que le subordonné a bien assimilé le contenu de sa mission.

La troisième condition d’ordre méthodologique consiste à s’interroger sur les capacités (de tous ordres) du subordonné pour proportionner l’autonomie à ses capacités. On l’a vu, le principe de subsidiarité vise à donner l’autonomie maximale et cet objectif doit rester la cible à atteindre, même si la prudence exige, dans tel cas particulier, de la restreindre si la situation est trop dangereuse ou de la limiter, pour un temps, le temps justement que le subordonné « grandisse » sous l’autorité bienveillante de son chef.

Cette troisième condition interroge vigoureusement tous les responsables de communautés humaines en terme de :
- lucidité sur les capacités humaines et les limites de leurs subordonnés
- aptitude à former les dits subordonnés (tout chef doit être formateur, lui-même et également par personne interposée)
- aide au subordonné pas encore totalement autonome non pour le maintenir en dépendance mais pour contribuer à son progrès dans l’autonomie.

La quatrième condition d’ordre méthodologique consiste à contrôler l’usage qui est fait de l’autonomie mais toujours à posteriori, jamais en permanence. (ce qui serait un signe de défiance). Certes le temps au bout duquel le responsable contrôle dépend, prudence oblige, des capacités du subordonné mais aussi de l’expérience qu’il a de la responsabilité et du domaine qui lui est confié. C’est d’ailleurs le contrôle qui permettra de sanctionner c’est-à-dire, souhaitons-le, de récompenser les mérites mais aussi, le cas échéant, de punir les fautes c’est-à-dire la transgression des interdictions. Notons au passage qu’un chef ne punit jamais les erreurs (même une simple réprimande). L’erreur est humaine et elle est source de progrès, si le responsable est pédagogue. L’application du principe de subsidiarité permet justement des progrès rapides car il n’y a rien de plus instructif que de faire une erreur et d’en tirer une leçon, même si cette leçon vient du responsable. Si l’erreur a eu des conséquences graves, c’est que le chef fait, lui, une faute en n’interdisant pas une voie dangereuse et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. A lui d’interdire désormais la voie en question et, si le subordonné récidive, c’est lui alors qui sera en faute. Errare humanum, sed persevera diabolicum. On voit immédiatement que le contrôle est un élément clef de l’application du principe de subsidiarité, car si le subordonné « triche » en dissimulant erreurs et fautes, la catastrophe est proche.

Voilà pour les conseils concernant le responsable. L’article suivant exposera plus en détail les conditions concernant le subordonné !


Mercredi 20 Avril 2011
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